Une balade à l’Izoard !

Le Van, instrument de ma liberté.

A l’occasion de mon périple en camion, j’ai vagabondé un peu partout en Oisans et atterri non par hasard, dans les environs du Col de l’Izoard. Comme toujours, je meurs d’envie de retrouver les paysages de mon enfance et fouler de nouveau les sentiers découverts il y a maintenant près de 20ans… Ces lieux, chargés d’histoire familiales, sont d’un éternel bonheur à redécouvrir. Je nous revois tous ici il y a des années et ne peux m’empêcher d’y ressentir une profonde nostalgie. La nostalgie d’une enfance merveilleuse.

C’est avec un immense plaisir que je passe devant le Laus (1745m), minuscule hameau au pied du Col de l’Izoard.

Hameau où nous garions les camions le temps d’un petit séjour sur un parking de terre le long d’un ruisseau. Ruisseau où nous nous amusions avec mes frères à faire des concours de vitesse de pissenlits arrachés à la terre où de bateaux en papier journal fabriqués par Mémé.

Hameau où nous jouions au frisbee dans le pré d’en face attendant avec impatience le moment ou Pépé viendrait avec son petit sac kraft rempli de bonbons en toute sorte achetés au Col de l’Izoard. Col de l’Izoard que nous avions monté en vélo à partir du Laus avec Pépé et Mémé. Col de l’Izoard que Papa n’avait pas descendu avec nous pour raison de crevaison. Col de l’Izoard…tu es chargé d’histoire !

Hameau dans lequel survit l’Arpelin, un petit hôtel restaurant d’étape où nous avions mangé une raclette un soir et dans lequel j’avais mangé un après-midi une glace avec Maman et dont le magnifique petit parasol décorant la coupe occupe toujours le tiroir de mon bureau.

Hameau où Florian faisait des aller-retours entre notre camping-car et celui de Pépé et Mémé en début de soirée pour passer des messages.

Hameau où nous faisions des centaines d’aller-retours en vélo avec Robin et Florian sans jamais se lasser.

Quelle chance d’avoir de si beaux souvenirs en tête. Parfois sujette à la nostalgie de cette époque qui me manque terriblement, j’en ressors l’immense bonheur de l’avoir vécu et sais pertinemment que c’est grâce à ces instants passés que je suis ici aujourd’hui. Alors Merci pour tout. 

 

Après cette brève parenthèse, revenons au temps présent. Et maintenant que vous savez ce qui m’amène en ce lieu, continuons.

C’est donc avec un immense plaisir que je m’apprête à dormir au Laus, en communion avec mon histoire.

C’est d’ici que mon Tour débutera demain. Et c’est avec une immense déception que j’ai la mauvaise surprise de voir le panneau d’interdiction de stationnement au camping-car sur le parking. Attristée par cette interdiction insensée et injuste, je pars dans un autre lieu chargé de souvenir : le Col de l’Izoard. Nous avons passé quelques nuits là-haut également. Je redécouvre le lieu avec bonheur, même si ce passage était déjà l’une des étapes de mon Tour du lendemain.

La soirée est fraîche, je reste donc dans mon camion pour manger et file rapidement me coucher. Demain, une belle journée m’attend et je dois avant reprendre le volant pour me rendre sur le point de départ ! Bonne nuit !

 

13 Aout 2019 :

Le réveil ne sonne pas. C’est Manon qui sonne le réveil. Il est tôt. Le soleil dort encore tout comme les habitants des autres camions autour de moi.

Je prépare mon petit déjeuner. Allume le gaz pour mon café. Ah cette odeur de gaz… Je ferme les yeux et me retrouve dans le camping-car familial il y a des dizaines d’années, attendant à table que Maman nous serve la boîte de gratin Dauphinois qu’elle est en train de faire réchauffer. Je rouvre les yeux, l’eau bout c’est prêt. Je mange tranquillement sans me presser, appréciant le paysage en songeant que je serai de retour ici dans quelques heures, à pied.

L’heure a sonné. Tout est prêt ! Je range et accroche tout ce qui est susceptible de tomber pendant le trajet et c’est parti. Je redescends au Laus (1745m). Je me gare sur un parking bitumé le long de la D902.

Il est 6h20, je décolle ! Il faut que je sois à 12h au Refuge Napoléon, juste sous le Col de l’Izoard pour manger avec mes grands-parents. J’suis LARGE !

Je rejoins rapidement le petit hameau du Laus et emprunte le chemin carrossable partant à gauche, direction S/E. Je longe différentes forêt (Bois des Coins, du Laus, des Balmes et du Balais) et suis la rive droite du Ruisseau Blétonnet. L’air est frais dans ces bois mais le chemin étant relativement peu incliné, je trottine et me réchauffe bien vite !

Sur la carte IGN (3536OT), ce sentier n’est pas souligné en rose mais apparaît en blanc. Je reste sur celui-ci pendant environ 4km jusqu’à un carrefour (endroit où sur la carte, le sente rose apparait). Ce carrefour se situe à 2052m d’altitude. Je me dirige à gauche, toujours vers le S/E, suivant un chemin grimpant plus fort, dans les bois. J’ai la belle surprise de voir quelques instants après la Cascades des Oules (2147m) ainsi que le magnifique panorama naissant dans mon dos suite à l’élévation de mon altitude et à la disparition progressive de la forêt.

 

Vue sur la Vallée de Cervières

Après une bonne petite grimpette (brève mais bien pentue), je retrouve un petit plateau. Petit plateau qui m’ouvre une vue globale sur la suite du périple : le Pic de Rochebrune (3320m) trône devant moi et le Col des Portes (2915m) m’attend juste à côté de lui. Je vois également très bien le chemin à emprunter ensuite, longeant la Crête des Oules (2914m) et la Côte Belle (2780m) en leur presque base, plein Ouest jusqu’au Col Perdu (2479). Le chemin est très visible d’ici, dessinant un magnifique trait horizontal dans la moraine des montagnes en face.

Bon, maintenant que j’ai fait le trajet dans ma tête, il va falloir actionner les jambes et m’y rendre !

Rochebrune et le Col des Portes

C’est parti ! Petit à petit, je perds toute trace de verdure et ne vois plus que des cailloux. Le chemin devient de ce fait plus difficile à suivre. Il y a bien quelques cairns, mais sans aucune trace au sol et dans cet océan de caillasse, ils sont difficiles à repérer.

J’applique donc le principe du tout droit vers le Col, comme je le vois très bien. L’instinct animal qui sommeille en nous a le pouvoir de refaire surface dans ces cas-là. Je me créais un chemin dans la moraine, parfois instable, mais parviens à le rendre safe grâce à la lecture du terrain, au recours à la carte et ses reliefs, puis à la logique tout simplement. Je me fraie un chemin sans problème même si je tombe dans quelques culs-de-sac mais qu’importe, c’est le jeu. Il n’y a pas d’échec, que des leçons. La prochaine fois je serai capable d’y aller d’un coup !

Après cette lutte, je regagne avec joie et fierté le sentier menant au col que j’apercevais d’en bas. Les petits cailloux sur la sente et son inclinaison me font pas mal déraper mais ça passe bien. Je ferai juste gaffe en redescendant. La tête dans l’guidon, je me concentre sur mes pas et arrive vite au Col des Portes (2915m). Fantastique. Il ouvre en effet la Porte sur l’Oisans, d’où je viens, mais aussi sur le Queyras, où j’irai dans un peu plus d’un mois avec Florian, en faire le Tour (GR58). J’en profite pour vous glisser un lien vers cette autre aventure (cliquez cliquez !).

Col des Portes

J’entends de petits éboulis provenant de la face S/O de Rochebrune et ai la belle surprise d’apercevoir un peu plus loin un groupe de grimpeurs armés de casques à l’assaut de ce Pic. J’aurai préféré avoir la chance de voir des chamois mais bon ! Ce sont des animaux comme les autres !

Je prends le temps de profiter de ce paysage. J’ai le temps. Il n’est même pas 8h30 et j’ai fait le plus dur ! Toutefois, l’air est frais et le vent s’en donne à cœur joie ici. J’écourte donc ma parenthèse contemplative et poétique pour bourriner dans la descente bruyante de cailloux. Mais finalement c’est plutôt avec lenteur et sécurité que j’aborde cette descente. Les souvenirs d’une chute dans la caillasse sont assez proches et n’ont pas envie de se répéter de sitôt.

Ce n’est pas sans moins de plaisir que je m’affaire à adopter une allure calme et sereine sur ce segment d’environ 2km, plutôt bien roulant sur le dernier kilomètre.

Ensuite, n’arrivant à focaliser mon esprit perdu dans la beauté des environs, je conserve ma lenteur contemplative pour apprécier au mieux cet espace édénique. Je suis largement en avance pour ce midi en plus donc tout doux !

Après ce bref moment de répit, je retrouve une mini-bosse à grimper pour atteindre le Col Perdu (2479m). Arrivée, je me retourne et vois le magnifique dessin du chemin que je viens d’emprunter. D’où je suis, une belle trace part plein Nord, sur la crête en direction de l’Arpelin (2604m). L’envie d’y aller me traverse forcément l’esprit. Mais bon, on ne peut pas tout faire ! Pour l’heure, mon dernier objectif de la matinée se dresse devant moi : Le Clôt de la Cime (2732m). A son pied, le Col de l’Izoard, peuplé de nombreuses voitures et motos. Beaucoup de cyclistes sont également de la partie évidemment !

Clôt de la Cime à gauche. Grand Peygu à droite

La descente jusqu’au col est bien roulante et sans piège au sol. J’en profite donc pour y lancer une petite course, histoire de détendre les jambes avant la prochaine ascension.

Nous sommes un mardi et c’est avec surprise que j’ai le plaisir de tomber sur le Marchand de Bonbons. Habituellement, avant, il n’était là que les mercredis. T’as de la chance, j’ai pas faim !

Comme je viens de le dire, ça vit déjà bien au Col de l’Izoard (2360m) à 9h. Je continue mon ptit bout d’chemin, coupant la route du col perpendiculairement vers l’Ouest puis Sud/Ouest ensuite. Le chemin en balcon surplombe la magnifique Casse Déserte et les derniers lacets de montée du Col côté Queyras.

Dans cette petite montée je me lance un petit défi de rapidité. Les panneaux annoncent plus d’1h30 pour 2km et presque 400d+. Un peu moins de 30min plus tard, j’y suis ! Victoire ! Contente de moi, je me pose au sommet et admire la vue. Ça c’est une belle récompense. Un bel effort pour une si belle vue ! Et pas qu’une, un 360 qui va loin, très très loin ! Du côté Nord, je vois jusqu’en Savoie où j’aperçois le Mont Thabor (cliquez donc là pour voir mon article à ce propos !). Un poil plus à l’ouest, c’est la Barre des Ecrins qui pointe le bout d’son nez. Et il y en a tellement, des centaines et des centaines. Des montagnes plus belles les unes que les autres. Chacune unique avec sa propre caractéristique, son histoire, ses rochers… Le Pic de Beaudouis, la Crête de Buguet, le Rocher Riprali, la Pointe des Cerces, la Croix du Lasserou, les Rois Mages et de l’autre côté, au Sud, tous les massifs du Queyras et peut être même du Mercantour… La vie est tellement belle ici. L’air est bon. L’humain n’y abonde pas. La liberté prime.

J’ai le plaisir de croiser deux randonneurs : une femme assez âgée et son fils, plus vieux que moi. On échange brièvement sur la beauté du paysage et les sommets que l’on connait. Spontanément, je me renseigne sur leur origine géographique et comme quoi le monde est petit, ils viennent de Gien, une ville très proche de l’endroit où j’ai grandi ! On échange aussi sur notre sortie du jour et ils me disent qu’ils sont eux, montés à Rochebrune à pied, sans problème il y a quelques jours. Compte-tenu de l’âge bien avancé de la grand-mère, je me dis que j’irai y faire un tour du coup ! Pensant que ce n’était réservé qu’aux grimpeurs et qu’un équipement spécifique était nécessaire, je ne l’avais pas inclus dans la balade. Ce n’est que partie remise Rochebrune ! Je reviendrai !

Il n’est pas loin de 11h. Je décide de redescendre tranquillement vers le Col puis de relier ensuite le Refuge Napoléon (2301m), trois lacets en dessous (qui se coupent bien évidemment !).

A 11h30, ayant pris le temps d’admirer le paysage et fais un petit arrêt au Col pour observer son agitation, je m’assieds sur le petit muret du Refuge me donnant de la visibilité sur les lacets routiers d’en bas. D’ici, je verrai le camion de Pépé et Mémé arriver ! Je n’ai pas longtemps à attendre avant de voir le camion monter !

Après négociation de Pépé pour avoir une table (réservez avant en saison, c’est vite plein entre les motards, cyclistes, camping caristes et randonneurs !), on s’installe dans le magnifique salon, ambiance chalet montagnard. L’accueil est très agréable, les employés très souriants. Nous optons tous les trois pour le plat du jour : la blanquette de veau ! D.E.L.I.C.I.E.U.S.E.

Pour le dessert, nos regards sont, depuis l’entrée dans le Refuge, restés fixés sur les magnifiques vitrines des desserts. Comme de véritables œuvres d’arts, les pâtisseries trônent au centre du refuge, derrière une vitre. De nombreuses tartes nous supplient de les goûter ! On opte pour une tarte citron meringuée et tarte aux myrtilles. Les parts sont plus que généreuses. Coupées devant nous, la serveuse semble oublier qu’on a quand même une blanquette dans le ventre ! Mais c’est avec plaisir que je dévore ma part citronnée. Encore une fois, c’est excellent.

Après cette parenthèse enchantée, entourée de mes grands-parents, dans ce lieu si cher à leurs yeux, emplis de souvenirs, j’avais pas forcément envie de repartir. Mais il faut rentrer. Les bonnes choses ont toujours une fin. Malheureusement. Mais heureusement, on se revoit bientôt !

Le ventre bien plein, je prends le chemin du retour, au N/O, descendant le col côté Briançon.

Je coupe les lacets goudronnés par des petites sentes puis longe la D902 sur 500m pour prendre, dans une épingle (2120m), un chemin carrossable en direction des Chalets d’Izoard (2191m). Sur la carte j’ai repéré un Col sympa : le Col des Peygus (2612m), au pied du Grand Peygu (2796m).

Aux Chalets, je vais donc plein Ouest, par une sente en herbe. Rapidement, cette sente disparait et je me retrouve à traverser l’alpage et faire le Chamois, suivant les courbes de niveau. J’ai beau avoir fait comme sur la trace IGN, pris la rive gauche du ruisseau, je ne trouve rien, pas un chemin. Tant pis ! Les mots de Pépé me reviennent en tête. « Si tu vois où tu dois aller, le chemin se trace tout seul ».

C’est donc en total hors-piste que je rejoins le Col. C’est au changement de direction, plein Nord, que je retrouve la sente, 100m sous le Col.

Le côté que je découvre derrière le Col des Peygus (2612m) est très rocailleux contrairement au versant que je viens de traverser, composé uniquement de pâturages. Je retrouve tous mes sommets vus précédemment au Clot. Dans une ambiance légèrement différente. Le ciel s’est voilé, mais la vue reste dégagée.

Prendre le temps.

Je descends dans les lacets de moraines et longe d’en bas la Crête des Peygus sur deux petits kilomètres. Le sentier, relativement plat, est très intuitif. Parfois, il disparaît au sol mais est toujours visible plus loin.

A 2233m d’altitude, je croise une route carrossable. Je l’emprunte à droite, remontant dans un univers maintenant forestier en direction de l’Ancien Fort de la Lausette. Ce chemin de montée est très beau, conservant un transcendant panorama au Nord/Ouest.

Au carrefour d’une vieille ruine, à 2289m d’altitude, je choisis de ne pas aller jusqu’au Fort, la journée étant déjà assez remplie comme ça ! J’entame donc tout de suite la descente bien raide sur le Laus. C’est le genre de descente que j’préfère monter d’ailleurs ! Je passe dans des petits sentiers très charmants dans la forêt mais également dans des éboulis très raides (Combe du Malazen. Alt 2004). Ames sensibles d’abstenir. Enfin n’ayez pas peur non plus, c’est toujours pareil, si on est raisonnable et prudent, on ne finit pas dans le ravin.

Donc, à la suite de cette descente pleine de précautions, je regagne un plat bien mérité dans le Bois des Talias, en ressors rapidement pour retrouver le grand jour et atterrir directement sur le Laus.

Je marche le long de la D902 pour retrouver mon Van, toujours seul sur ce parking, en plein mois d’Août. Mais où sont donc les 16 millions de randonneurs recensés par le site du gouv…?  Oh ce ne doit pas être un lieu très courtisé, c’est pas bien beau ce que j’ai fait. En tout cas, restez où vous êtes. Je peux arpenter ce paradis en totale liberté ! Aujourd’hui, je n’aurai croisé des gens que proche de la départementale, c’est-à-dire au Col et au Refuge et n’ai croisé que deux groupes au Clot de la Cime et aperçu des grimpeurs à Rochebrune.

Il est 16h. Heureuse de ces 10 magnifiques heures passées dans la Montagne et de ce merveilleux repas partagé avec Pépé et Mémé, c’est l’esprit et le cœur emplis de bonheur, la tête encore accrochée à l’un de ces nombreux sommets, que je regagne mon Van.

Après une telle balade, rien de mieux qu’une bonne baignade dans le ruisseau pour se laver et faire sa petite lessive du jour.

Une vie simple. Qu’est c’que j’aime ça.

 

Retrouvez la trace sur Strava (Partie 1 et partie 2) !

Pour info, détail du tour : 28km pour 2200d+ environ !

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