Le Tour du Queyras en 35 heures – La première journée !

Avant toute chose, cliquez donc ici si vous n’avez pas lu l’article préparatoire !

 

Vendredi 27 Septembre 2019, 5 heure du matin.

Le réveil sonne. Sans aucune envie de me rendormir, je descends du lit et saute dans mes vêtements. Je sors du Van et cours faire pipi dans le champ ! La LIBERTE !! Que ça a du bon ! L’air est légèrement frais mais fait pas froid. Au loin,  j’aperçois Flo qui a eu la même idée que moi. On se rejoint ensuite dans le spacieux salon du camion pour petit déjeuner. La météo s’annonce toujours aussi exceptionnelle et parfaite pour aujourd’hui et demain. On est content ! Très très très content !

On parle pas spécialement beaucoup. Déjà parce qu’on n’est pas des grands parleurs mais aussi parce qu’on réalise dans nos têtes dans quoi on est en train de se lancer. Un défi magnifique.

Je suis la dernière à sortir du camion. Pas parce que je termine la vaisselle non non, on partage les tâches ! Il fait la vaisselle et j’me repose. C’est juste histoire d’être totalement sûre de ne rien laisser d’important derrière moi.

Je ferme le camion. Ça y est, le confort et la sécurité sont derrière nous. Nous sommes livrés à nous même maintenant ! Seuls, dans l’immensité alpine déserte. Bon t’emballe pas Manon, tu te lances pas dans une aventure à la Mike Horn, vous avez toujours des téléphones sur vous hein. Et c’est pas l’Antarctique.

Il est 6h. Il fait encore nuit. Nous sommes à 1746m d’altitude et nous partons en direction du Col du Tronchet (2347m). L’euphorie est bien présente dans mon esprit. L’ascension se fait complètement de nuit. Nous parvenons au sommet de ce col en même temps que le lever du soleil. Pas vilaine cette vue ! La fraîcheur de la nuit laisse doucement place à la chaleur des premiers rayons de soleil. La faible visibilité induite par la nuit disparaît et fait naître devant nous un paysage somptueux.

Avec l’ascension de ce premier col et la facilité avec laquelle je l’ai géré, je me dis que ce Tour va être d’une terrible simplicité ! Hahahaha, tendre naïveté. Attends la suite.

On redescend dans la pampa vers le petit bled de Souliers (1844m), l’occasion de croiser les premières âmes de la journée. Il doit être dans les environs de 8 heure. Non non, l’humain ne m’a pas encore assez manqué pour que je sois heureuse et rassurée d’en croiser un. Mais ma foi, ils sont tout de même sympathiques ces paysans. Comme toujours quasiment !

Souliers

Allez, c’est reparti pour une grimpette dans un magnifique alpage. Et encore, magnifique est bien faible comme adjectif. On monte au Col de Péas (2629m). Le sentier d’ascension est trop agréable. Il ouvre la vue sur le Grand Pic de Rochebrune (3320m) et sur l’ensemble du Queyras. On est tous les deux là, seuls, dans cette immensité, infiniment petits.

Ahhhh ! Heureusement qu’on commence par cet endroit ! Ce paysage ne sera pas associé à la fatigue, au contraire ! La forme bat son plein ! Le sac est aussi léger qu’une plume. Les jambes ne faiblissent pas ! Chaque pas est un plaisir.

A trop regarder le paysage, on arrive au col sans s’en rendre compte. Seul le vent nous ramène à la raison et nous le rappelle. La vallée de Cervières se dessine devant nous. Qu’elles sont belles ces couleurs automnales ! J’ai envie de m’asseoir et de les contempler pendant des heures, figeant chaque détail dans ma mémoire. Mais je me rappelle rapidement qu’il reste pas mal de bornes tout de même.

Après une pause pipi collective, un petit encas et une bonne hydratation, on se lance dans la descente sur les Fonts de Cervières (2040m) pour ensuite tirer complètement vers l’Est en direction de la Crête aux Eaux Pendantes (2830m), le deuxième point culminant de ce tour !

La progression vers cette crête met mes nerfs à rude épreuve. Mon sac. Mon cher sac que je chéris tant et dont je prends soin se met à grincer. A chacun de mes pas. Je n’entends plus que lui. Où est mon calme montagnard ? Le silence que j’aime tant ? Couic Couic Couic….

Je sens une colère assez fulgurante monter en moi. Je fais tout mon possible pour répondre aux paroles de Flo sans agressivité, il n’y est pour rien ! Je préfère donc le silence à l’impossible effort d’être pacifiste dans mes propos.

Le grincement ne passant pas et malgré toutes mes tentatives pour diminuer le bruit du dossier, je me résous à la seule chose à faire : accepter et profiter. Oublier ces horreurs sonores et réprimer mes envies de me jeter dans le ruisseau et taper partout.

Ouhhh la pente se corse d’un coup pour les derniers 200m de dénivelé. Inspire. Expire. Inspire. Expire. Je mène le duo dans cette ascension. Je m’applique à garder un bon rythme. Mais j’ai mal aux cuisseaux ! C’est qu’il est lourd ce sac finalement !

On croise quelques randonneurs, bien chargés, équipés pour le tour nous supposons. Ils nous souhaitent bonne chance. « La Chance n’a rien à voir là-dedans mademoiselle, juste le talent, et juste le travail aussi, et la santé et euh la chance ! » (Double Zéro pour les incultes…).

Après une lutte acharnée contre la caillasse et ce bon coup d’cul pentu, on découvre ce qui se cache derrière la Crête : le Lac du Grand Laus (2579m). Joli lac carte postale celui-là ! Il vaut le détour !

On descend sur ses rives et on en profite pour sortir le sandwich cuisiné par mes soins le matin même avant de partir.

Il n’est pas loin de 11h30, la tomme et le jambon passent très très bien ! Le tout saupoudré de quelques tucs à l’oignon et c’est le bonheur. Comme quoi, y’a pas besoin de grand chose…

Ce regain d’énergie nous apporte de l’assurance dans la descente assez raide qui va nous emmener à Abriès (1583m). Le soleil commence à taper fort, nos réserves d’eau diminuent. On profite donc de tomber sur une belle fontaine pour nous recharger et nous tartiner de crème solaire.

On arrive dans Abriès. Un Abriès désert. C’est bien… sur le topo ils disent que la période idéale pour faire le GR58 est l’automne. Mais tout est fermé à cette époque ! Heureusement qu’on est prévoyant !

Et allez, qui dit descente terminée dit remontée instantanée ! Et ça loupe pas ! On grimpe vers la Colette de Gilly (2366m) ! Heureusement c’est en forêt jusqu’au dernier kilomètre, merveilleuse occasion pour s’abriter de la chaleur.

De chez Colette, on rejoint les Crêtes de Peyra Plata (2584m). C’est le moment d’avoir une très belle vue sur le Mont Viso (3841m) ! Et surtout de se prendre des rafales de vent de l’espace à nous faire tanguer !

Heureusement pour le vent et malheureusement pour la vue, on entame la descente sur la Monta (1663), un tout petit îlot de maison avec une auberge (fermée).

C’est une longue désascension pas trop roulante, riche en caillasses et en pentes raides. Pouhh c’est dur à cette heure-là, on doit être dans les environs de 16h, ça fait 10 heures qu’on marche. Je commence à le sentir. Mais le repos c’est pas pour tout de suite.

On arrive à la Monta. Je profite de passer le relais à Flo pour lui chaparder des Tucs dans son sac. Humm le réconfort du gras !!

Oh et puis on voit des voitures, ça fait bizarre. Mais ça a un côté rassurant. Des heures qu’on a vu personne. On n’est pas tout seul en fait dans ce pays ! Mais on va le redevenir très bientôt.

On s’apprête à pénétrer dans le Parc naturel régional du Queyras. Avant de s’y enfoncer, on met à portée de main tout ce qu’il faut pour manger tout à l’heure. C’est plat ici, le terrain s’y prête parfaitement bien.

En avant ! La énième ascension de la journée ! Le jour commence à se dissiper tout doucement. On passe devant l’Echalp, le seul gîte encore ouvert à cette période. Oh que je me verrai bien dans un de ces lits à me reposer tranquillement de cette journée. Mais il est encore tôt, c’est pas le moment de s’arrêter ou de rêver détente.

Le Mont Viso

On se dirige tranquillement vers le Lac Egorgéou (2394m). C’est en arrivant à ce lac que nous basculons dans la nuit. Il doit être 19h. On sort les frontales, les vestes, buffs et gants. Les températures baissent vite et le vent ne tombe pas. Changement radical d’ambiance ! La nuit est noire. Heureusement qu’on est deux !

On marche jusqu’à l’autre lac, celui de Foréant (2618m) puis on monte au Col Vieux (2806m). Physiquement ce n’est pas difficile. C’est mentalement que ça déraille un peu pour moi. J’ai envie de me poser.

Lac Egorgéou

Je pense au Refuge Agnel, situé au pied de ce col de l’autre côté, et me dis qu’on y serait bien. Que ce serait opportun d’y faire une petite pause, histoire de manger le repas qu’on s’est préparé. Je m’imagine au chaud, assise à une table avec d’autres randonneurs faisant le même tour que nous, à discuter avec les gardiens, une soupe dans les mains. Et je me dis que dormir quelques heures nous ferait également du bien, qu’on repartirait sur les coups de 3h. Je pense que j’ai besoin de voir du monde. Et Flo n’y suffit pas. Ça fait des heures et des heures qu’on a croisé personne. Depuis Abriès. Moi la solitaire, j’aime quand même bien croiser des gens. Surtout quand on marche dans la nuit. Dans le vent.

Toutes ces idées me trottent dans la tête pendant la descente sur le refuge. J’en fais part à Flo qui ne semble pas emballé par l’idée. Lui ne souhaite pas s’arrêter. Faut dire qu’il a déjà fait des courses longues sans dormir une nuit. Pour moi c’est une première. Il finit par me dire qu’on s’arrêtera au refuge, le temps de manger puis qu’on verrait après si on dort un peu ou pas. De loin, on aperçoit les lumières du refuge dans la nuit. Je suis plus gaie d’un coup. Ça vit là-bas. Et on va se poser ! Il a cédé le grand frère haha !

Les panneaux indiquent le parking du refuge à à peine 500m. Qu’est ce qu’on va être bien ! On arrive sur la route asphaltée. On ne voit plus aucune lumière du refuge depuis un bout de temps à cause du dénivelé négatif. On regarde autour de nous. Rien. Le désert complet. Au loin j’aperçois une sorte de bâtisse barricadée. On s’approche. C’est bien le refuge. Fermé. Sans aucune porte d’ouverte pour les randonneurs itinérants. Pour les pauvres âmes en peine. Je le sais, je les essaye toutes. Dans ma tête, je suis au plus bas. Je ne le montre pas à Flo mais ma déception est terrible. Les lumières qu’on voyait étaient les phares des voitures qui passaient. C’est dur pour le moral. Pour mon moral. On se pose derrière le refuge à l’abris du vent pour manger. Il est 21h.

On se met d’accord. Il faut qu’on passe le col qui suit pour descendre sur St-Véran. De là, on se reposera. Je remets une veste supplémentaire. J’ai vraiment froid et ce vent ne cesse pas. Je me motive et me dis que la montée au Col de Chamoussière (2884m), le col le plus haut de ce tour, va me réchauffer les gambettes.

Je me concentre intensément sur le balisage. C’est que de la caillasse ce col, il est facile de prendre un faux sentier. Je focalise donc mon esprit sur cette tâche. C’est ainsi que j’y arrive plutôt bien ! Il est donc temps de descendre sur St-Véran (2020m). J’aime cette descente car il m’y est promis une pause quand elle sera achevée. Le moral revient donc un peu. De plus, on finit par être à l’abri du vent au bout d’un moment. Un ennemi en moins ! Un combat de moins à mener. J’ai plus qu’à me battre contre la fatigue qui commence à naître.

Il est 23h bien passé, on arrive à St-Véran. Tout est désert. Le temps froid. On cherche un endroit où s’allonger mais tout est exposé au vent. On n’a pas pris de tente pour être plus léger. Et parce-qu’on avait pas envie tout simplement. On n’en voyait pas l’utilité à la vue de notre objectif.

On erre dans la rue principale.

On croise un mec qui ferme son Bar/Hôtel. On lui demande des conseils sur les coins ou on pourrait camper. Au fond de moi j’espère qu’il nous proposera de monter dans une des chambres mais ça ne restera qu’un espoir, une douce illusion.

Il nous demande d’où l’on vient. “De Brunissard”. “Ah oui vous faîtes le tour, mais ce matin vous êtes partis d’où”. “Bah Brunissard”. On voit ses yeux qui sont à la limite de sortir de leurs orbites ! “Et demain vous allez où ?“. “Bah à Brunissard !” Ses yeux sont sortis. Au moins ça nous aura fait rire.

Sur ses conseils (si on peut appeler ça comme ça…) on va se poser dans un coin mais il est exposé au vent. On remonte donc un peu la rue et on trouve un petit porche devant la bibliothèque municipale. C’est pas fou, mais c’est à l’abri du vent qu’on se dit ! Il y a une lumière qui éclaire en permanence et un carrelage glacial. Parfait pour s’endormir ! Mais bon, on a plus la force de chercher. Enfin moi je ne l’ai plus. On se pose. On se glisse dans nos sacs de couchage. Minuit sonne. C’est la fin de cette première journée. De ces 18 heures de marche. De ces 75km et 4000m de d+…

Campement cinq étoiles

Pour la suite et la fin de cette aventure, c’est que ça se passe !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Spread the love

3 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *