Le Tour du Queyras en 35 heures – La fin des haricots !

Avant tout, je vous invite fortement à cliquer ici si vous n’avez pas encore lu le compte rendu de la première journée ! Pour les autres, voici le début de la seconde et dernière journée !

Que dire mis à part que ce semblant de nuit a été la pire de toutes ? J’ai préféré m’adosser à la porte de la bibliothèque et dormir assise, la tête sur les genoux plutôt que de m’allonger de tout mon long sur ce carrelage glacial. J’avais déjà suffisamment froid dans cette position je n’ai pas voulu que ça empire. De minuit à 4h, j’ai enchaîné les micros dodo de 5min au maximum. De quoi requinquer une bête pas vrai ! 

A 4h, je relève la tête et vois Flo qui me fixe : « On y retourne ? ». Allez oui c’est parti. Réchauffons-nous. C’est idiot de rester ici. On n’arrive pas à se reposer et on se les gèle. Un col nous attend. Promesse de chaleur.

Avec difficulté tout de même je quitte mon sac de couchage. Allez Manon, ça va vite passer cet inconfort. Prends une banane séchée tu verras, ça ira mieux. Ça va pas mieux, j’ai très froid, mais j’suis sortie !

Il fait toujours nuit noire, on repart en direction du Col des Estronques (2651m). On se réchauffe vite. Ça grimpe fort. Je n’ai plus de sensation de fatigue. Mes yeux sont bien ouverts et aux aguets. Je chipe des gâteaux dans mon sac pour avoir de l’énergie (et pour m’occuper aussi).

Derrière nous, les lumières de St Véran s’éloignent et se meurent dans le fond de la vallée. La magie de la montagne renaît en moi, avec le jour !

On atteint le col. Le merveilleux vent refait donc son apparition et pas à moitié. Le saligot. Tu m’avais pas manqué toi.

La vallée que nous découvrons de l’autre côté est superbe. Le jour se lève doucement, laissant s’échapper de son ombre le merveilleux décor alpin. Quel beau tableau.

On s’élance dans ce fabuleux cadre. C’est l’heure de la looooongue descente sur Ceillac (1639m). Longue mais pas trop pentue. C’est cool. C’est pas traumatisant pour les cuisses qui commencent quand même à accuser le coup. Bah oui, j’ai même pas pu les étendre cette « nuit ».

Au loin, les Estronques.

Il doit être 8h passé quand on arrive à Ceillac. Tout est mort aussi la dedans. Sauf une chose. On parvient jusqu’à elle grâce au doux parfum qu’elle dégage. Un parfum familier, rassurant. Celui de la boulangerie. On a encore de quoi manger dans le sac mais l’idée d’une bonne viennoiserie nous fait saliver. Flo se dévoue pour retirer son sac et prendre de l’argent. Il ressort avec un magnifique trésor : 2 cookies, 1 pain au raisin et 1 croissant.

On a de bonnes vivres pour monter au Col de Bramousse (2251m). Bon, c’est pas les meilleures viennoiseries qu’on ait mangées. Mais à quoi bon, ça change des biscuits.

Heureux, on s’envole vers le col. La montée se passe très bien. On retrouve nos vaches. On croise personne. La paysage est toujours aussi beau et dégagé.

Arrivés au Col, la vue sur la vallée de Bramousse est sublime. On descend donc sur ce patelin, traversant les alpages et les forêts. On commence à croiser des gens. Il est dans les environs de 10h. On retrouve même des randonneurs vus hier après le Lac du Grand Laus. Mais eux on fait le trajet en voiture ! Ils nous reconnaissent ! Pas moi. Mais Flo me le fait remarquer ! Un cerveau pour deux personnes.

Descente sur Bramousse

On pénètre dans le minuscule bled de Bramousse (1430m) puis on descend au point le plus bas du parcours, à 1185m d’altitude, sur la D902. Ils sont où mes beaux sentiers ? Cachez moi cette 2×2 voies ! Redonnez moi de la verdure, du chemin, loin de ces bruits motorisés, de ces routes asphaltées !

Mes souhaits ne tardent pas à être exaucés. A mon plus grand bonheur, on se retrouve sur un sentier forestier. A mon futur désespoir, ça monte bien pentu.

On a environ 1300m de dénivelé à gravir pour atteindre le dernier Col du tour, le DERNIER !!

Les 800 premiers mètres se passent plutôt bien, je m’enferme un peu dans ma tête, coupant toute communication avec Flo. Je sens que ça commence à être vraiment difficile et que je suis un poil à fleur de peau. J’évite donc les situations pouvant aggraver mon état et préfère ne pas parler, regarder devant moi, faire un pas après l’autre et m’évader dans des scénarios imaginaires, histoire de penser à autre chose.

Bramousse.
En face, la montagne à gravir !

Au bout de 800m de d+, à 2000m, on sort de la forêt. Le soleil m’agresse. Bonjour à mon premier vrai craquage mental, à la limite de l’explosion. J’ai chaud. J’ai toujours eu du mal à supporter la chaleur. Mais là, à ce moment, c’est de trop. On vient de passer les 100 bornes. J’commence à plus pouvoir la voir cette montagne. Je l’aime énormément mais à cet instant, elle me sort par les yeux.

Je sue, je suis pas bien, je fais des pauses régulièrement. Trop régulièrement. Trop souvent. Je ne supporte même plus d’entendre Flo marcher derrière moi, allez savoir pourquoi. Je lui demande donc de passer pour m’enlever cet agacement injustifié.

Ça a tout de même le don de m’apaiser un peu. Je retrouve un peu le plaisir. La température baisse légèrement avec le vent. J’essaye de me résonner. Je me focalise sur le paysage. Ce magnifique paysage. Exactement comme je l’aime. Dégagé. Sauvage. Dépouillé de tout signe humain. Cette technique fonctionne jusqu’au Col, le Col de Furfande (2293m). LE DERNIIIIEEERRRR !!!

Quelle surprise ce col ! Le plus beau panorama du tour. Vue parfaite sur la Casse Déserte, l’Izoard, Rochebrune… C’est troooop beau.

Je baigne dans un océan de bonheur. Les précédentes souffrances ne sont plus qu’un vaste souvenir. Je suis envahie d’une émotion tellement apaisante et positive. La sensation d’être récompensée de mon effort. D’avoir eu raison de lutter. C’est un infini bonheur qui me traverse.

On reste quelques instants, inertes, à contempler. Reposer nos corps et nos esprits. C’était la dernière montée. Il ne nous reste qu’à redescendre sur Brunissard, l’endroit d’où nous sommes partis hier, il n’y a même pas 35 heures, mais il y a plus de 100km qui nous en a séparé.

On sort le casse-croûte, enfin les restes, qu’on dégustera dans cette ultime descente. Il me reste un bout de jambon, des fragments de tommes, des miettes de pain. Un festin quoi.

Merveilleuse vallée.

Bon, c’pas le tout mais y’a le vent hein. Et puis je me verrai bien me poser définitivement quand même. Mettons fin à cette histoire. Dure, exigeante, mais magnifique.

Il doit rester environ 10km. Résonne logique, c’est rien. C’est même pas un dixième de ce qu’on vient de faire. De la rigolade autrement dit. En plus y’a plus de montée.

Les 3 premiers kilomètres de descente se passent bien. Je contemple le paysage et je mange. J’ai moins chaud. On croise des gens. C’est beau.

Puis on rentre dans la forêt. Where is ma vue ? Où est ma distraction ? Bon ça ira quand même ça descend.

Puis vient le drame. Déjà on croise un panneau indiquant Brunissard à 7km. Au fond de moi je savais que c’était pas à côté mais je me persuadais qu’il n’y avait que 3km (grosse envie d’en finir !). Coup dur. J’me prends un bon coup au moral. Un de plus.

Second drame. Une montée. Trois fois rien en temps normal. Il n’y a même pas 100d+ mais je vois ça comme un Everest. En plus y’a des petits cailloux qui me font reculer de temps à autre. Ouh je sens que les nerfs vont lâcher. Flo est bien loin devant moi, j’en profite pour craquer un peu, ça fait toujours du bien. Je baisse mes lunettes de soleil. Hop ! Ni vue ni connue. (Bon je viens de regarder Strava, il y avait 120m de d+ pour cette montée ce qui rend légitime mon état… !)

Le sommet est là ! Prions pour que ce soit la dernière. La vraie dernière. On descend. “Ça valait bien la peine de monter”. J’ai comme l’impression que je ne trouve plus trop mon plaisir dans ce qui m’épanouit tant normalement…

Je descends au radar. J’suis en pilote automatique. Je suis pas la meilleure des camarades à ce moment-là. Flo l’a surement compris il me fout la paix. C’est tout ce dont j’ai besoin. J’ai affreusement mal aux jambes et aussi aux genoux. Normal t’as vu ce que vous vous êtes enquillé ? Et puis ma douleur doit être majorée par l’immense intérêt que je lui porte. Je me focalise dessus, la chose à ne pas faire.

Une seconde montée repointe son nez. Ridicule cette fois ci. Mais sans fin pour moi. Tous les trois pas, je tape des pieds, m’arrête, ronchonne, souffle. Impossible de me raisonner. Heureusement c’est la dernière. La vraie dernière montée.

On entame une marche en balcon. On aperçoit Avrieux. On surplombe la route départementale, le bruit des moteurs nous arrive aux oreilles. Le chemin est plat et sinueux. Il suit les aspérités de la montagne. Après un petit virage, il est là. Il nous saute aux yeux. Il est droit devant nous, baignant dans la lumière du soleil. Il n’a pas la même allure qu’hier quand nous sommes partis. Brunissard. Ce nom qui résonne comme une ville dans un album de Tintin.

On se dirige dessus par un sentier descendant. On pose nos pieds sur la route. Le panneau Brunissard est devant nous. Ça y est. On est dans le petit village de départ. On est revenu. On est rentré.

On le retraverse pour retrouver le Van. Ce kilomètre est surement le plus long de ma vie. Il fait une chaleur à mourir. Mais on s’arrête pas. Quand je relève la tête, on est devant le Van.

On l’a fait !

Je suis pas en état de réaliser et de me réjouir de ce qu’on vient de réaliser. La fatigue et l’épuisement sont trop forts. Je m’écroule. Demain je serais fière. Là, j’en peux plus.

Je retire mes chaussures pour la première fois depuis hier 6h. La libération. Et l’apparition d’une multitude d’ampoules en tout genre, de terre, de saleté.

Ah je suis bien. Étalée sur l’asphalte. Gisante sur le sol. Le repos. Enfin le repos. On s’arrête et y’a pas à repartir. Foutez-moi la paix et laissez moi ici.

Il est 16h. On est parti il y a 35 heures. On a marché à travers la montagne sur 118km et 7650m de dénivelé avec des sacs de 10km sur le dos, au moins.

Bordel que c’était dingue comme aventure.

(La vidéo Relive arrivera prochainement…)

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