Et si on faisait le tour du Beaufortain ? – Etape 3 : Roselette -> Queige

Ce matin, on ne rentrera pas en trio mais en quatuor. En effet, compte tenu de la description que nous lui avons faite du parcours, Edouard a fait le choix raisonnable de rentrer avec nous. Traileur également à ses heures perdus, il nous suivra avec son sac à dos de 30l. On lui signale que nous allons quand même trotter un peu et donc qu’on risque de se séparer. Mais ça n’arrivera pas, il gérera sans problème avec son chargement !

C’est donc parti ! On commence la montée au Col du Joly (1989m) en repassant par le lac d’hier après-midi. Adam s’en rajoute un peu en retournant récupérer son portable oublié au refuge. Il n’avait pas fini de charger surement et fallait bien s’occuper en attendant ! Un petit 50m de dénivelé en plus c’est rien !

Le temps est couvert aujourd’hui. Fait pas tant chaud mais au moins on marche sur le sol et on voit le paysage ! On aperçoit au loin la Pierra Menta ou nous étions il y a deux jours… Ca paraît pourtant si loin dans le temps ! Et de plus, là-bas, c’est l’hiver… ici c’est le printemps ! Etrange sensation que nous ressentons tous les trois !

Revenons ici ! Nous évoluons sur un chemin assez roulant, au dessus d’Hauteluce, entre le Beaufortain et les Aravis. C’es beau ! Mais différent ! Moins sauvage, moins haute montagne, plus station ! Des remontées apparaissent. Des chemins carrossables. Quelle horreur ! Mais bon y’a pire hein !

Pour pas qu’on soit dépaysés, on recroise quelques bancs de neige. A ce stade et à la vue de tout ce que nous avons traversé, on ne peut pas dire que ce soient des névés. On en rencontre vers le Col de Very (1964m) et le Mont de Vores (2067m). Un brin de nostalgie nous traverse tout de même. On cherche à faire des petites glissades mais ils n’ont rien à voir avec nos tobogans d’autrefois !

Ces derniers tas de neige signent la fin de l’aventure en haute montagne. Le dernier passage à 2000 vient de se terminer à Vores. Les singles laissent leur place aux larges chemins carrossables et pistes de ski alpin. Comme je le disais, plus la même ambiance !

Facile quand c’est roulant !
La dernière neige !

On rejoint assez rapidement les Saisies. On retrouve la civilisation, même si la station à des allures de village fantôme. Quasiment pas une âme ! On retrouve mes grands-parents en étape dans le coin avec leur camion. Ce qui nous donne l’occasion de faire le plein d’eau, manger un petit bout et se poser 30min. Trente minutes pour laisser le temps à dame nature de nous apporter une averse. Trente minutes pour qu’Adam prenne mal au dos. Ah l’inactivité ça fait mal ! La reprise va être difficile ! Il nous reste la dernière bosse à grimper ! Et ça va donc commencer sous la pluie et dans la douleur (enfin pas pour Edouard, Max et moi) !

Nous n’avons que 300m de dénivelé pour arriver au Mont Bisane. Au final, la pluie cesse dès le début et la montée se fait facilement. Cela étant, heureusement qu’il a plu. En effet, comme ça on a sorti la veste imperméable et donc on aura utilisé tout le matos emporté ! Rien d’inutile ! Qu’on est bon !

Il fait vite chaud. Faut dire qu’on baisse pas mal en altitude. Le Mont Bisane est à 1900m et des brouettes. Il ne nous reste plus qu’à descendre à Queige, à 650m. Ca va taper les genoux !

C’est le moment pour moi d’entrer en scène et de montrer à quel point je suis à l’aise et facile en descente ! Je me place donc logiquement en dernière position ! Histoire qu’ils ne complexent pas…

La première descente est terrible. Je ne sais même pas si des hommes sont déjà passés par là. C’est un chemin à bêtes ça bon dieu les gars ! Un sentier de sangliers pentu comme jamais ! Parsemé de pommes de pin histoire d’être bien stable ! Je descends en première (vitesse), pied sur le frein, gambettes en chasse neige. L’élégance, la grâce, la souplesse, une allure aérienne et pleine de confiance quoi !

Les garço…bourrins plutôt, dévalent la pente avec une facilité déconcertante (et frustrante!) ! Et ça sera le cas pour les 1300m de dénivelé négatif ! Je lâche donc mes fauves qui m’ouvrent la voie et passe après, en gambadant comme Heidi, tranquillement et gaiement !

Wahh ça commence à être une véritable fournaise dans ce pays ! Passer sous les 1000m ça pique ! Heureusement qu’on est dans la forêt, c’est un peu plus supportable.

On repose les pieds sur du goudron, on recroise des voitures…

On ne parle plus beaucoup, pas besoin. On est fatigués et ce ne sont plus les mêmes paysages, la même ambiance. On sait que l’aventure touche à sa fin. Et ça laisse un goût amer ! Un mélange de lassitude et d’envie que cela continue et ne s’arrête jamais (enfin si on remonte là-haut hein!).

Queige se rapproche. On aperçoit nos voitures laissées là trois jours plus tôt. C’est bizarre !

On franchit l’arche fictive. Nous nous faisons un beau check de victoire. Et on relâche tout ! Félicitations à nous ! On a été bon ! On a géré. Bordel, ce qu’on a affronté !

On se change et terminons cette aventure à Albertville, autour d’une bonne bière et d’un délicieux pain aux olives !

Et c’est là que nos chemins se séparent. Montpellier, Chamonix, Pralognan, Bourg-Saint-Maurice. On rejoint nos coins. On retrouve nos vies là où nous les avions laissées. On se retrouvera dans la montagne. Dans nos montagnes.

Deux secondes sans surveillance….
C’est bon pour la récup !

C’est pas facile de revenir au monde réel après trois jours d’isolement dans les montagnes à voir si peu de gens. Les seules traces de vies étaient purement animales. C’est fou comme se couper du monde et affronter des parcours périlleux nous font nous surpasser. Le sport et l’amour de la montagne nous réunissent ! On ne connaissaient pas Edouard. Je ne connaissais pas Adam. Et pourtant, on a tous passé 1 à 3 jours, 24 à 72 heures ensemble, des liens se sont formés naturellement. Pourtant sans rien connaitre réellement des uns et des autres !

En montagne, nous sommes débarrassés de notre identité sociale, des clichés et de nos histoires. De ces fardeaux inutiles. Nous sommes réunis par notre passion de l’effort et l’amour de la montagne. Nous n’avons pas besoin de parler pendant des heures. Nous avons laissé de longs silences. Mais nous avons partagé une magnifique expérience. On voyait et ressentait la même chose.

Pour finir, merci à mes deux compagnons de route ! Mes deux traceurs qui ont fourni de gros efforts malgré l’épuisement physique et moral. Merci à vous car sans votre présence, j’aurai fait demi-tour dès le premier col compte tenu des conditions. Merci à vous de m’avoir justement poussé dans mes retranchements, mais ce sans jamais me forcer ! Vous ne le saviez pas car je ne le montrai pas mais j’avais une de ces trouille au début dans les traversées de névés. Une glissade et le résultat n’était pas joli ! Mais grâce à la confiance que vous mettiez dans vos pas et votre attitude, à votre absence de doute, à votre calme, écoute, humour, sourire et bonne humeur, et bien cette peur, qui aurait pu me paralyser, j’ai su et pu la contrôler et prendre du plaisir dans ces passages et tout le long de l’aventure. On a évolué dans une superbe ambiance, dans un esprit qui nous convenait à tous, sans jamais être en désaccord sur le rythme à suivre ou sur quoi que ce soit d’autre.

“Allons doucement, nous sommes pressés”.

Merci de m’avoir fait découvrir les nuits en refuge et l’évasion en montagne sur plusieurs jours.

A+ les mecs !

 

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