Swiss Peaks 360 – 2021

24 février 2021. Je vois toutes mes chances de participer s’envoler. Je me vautre en ski et me déchausse le ménisque gauche. Tout ça associé à une contusion osseuse du plateau tibial et un épanchement. Du jour au lendemain, je me retrouve incapable de marcher. 100m me paraissent interminables et la douleur est déchirante. Directement, je pense à ce rêve fin août, qui meurt d’un coup. Comment je vais faire ? On est fin février, j’peux plus marcher et je dois me contraindre au repos forcé pour guérir tout ça. Et si le repos ne suffisait pas ? Si ce ménisque m’embêtait ? L’incertitude d’une bonne guérison est terrible. Faut que j’attende que l’épanchement se résorbe et voir ensuite, quand je reprendrai enfin, si le ménisque ne me gêne pas. Ne provoque pas de gonflement ou de blocage du genou. J’ai la trouille. Puis la patience, la mesure, la raison et la persévérance ont payé. Un pied devant l’autre, de longues heures de remusculation, des marches de 2km difficiles au retour du dénivelé inespéré. Etape par étape, suivant les conseils avisés, acceptant de faire du vélo et de réduire la course à pied, j’ai retrouvé confiance et forme et j’ai pu prendre le départ de cette course.

Je ne prends pas le départ seule. On y va en famille avec mon frère Florian. Nous ne nous sommes pas inscrits en duo, dans le cas où l’un de nous flanche, pour que l’autre puisse continuer ! Mais on ne se lâchera pas.

Départ d’Oberwald

Oberwald → Fiesch (50,7 km – 3386d+)

Dimanche 29 aout 12h → Dimanche 29 aout 22h.

L’euphorie, l’émerveillement, la forme, la fraicheur !

Le départ est donné à midi, le ciel est gris, il y a du vent et il pleuvine un peu. En plus, Oberwald est un lieu de départ…très isolé et bien enfoui au fin fond du Valais ! C’est pas la grande foule de l’UTMB que je viens de quitter qui nous motive au départ. Faut compter que sur soi-même pour ne pas opérer un demi-tour et avoir le courage d’assumer ses ambitions ! T’as voulu être là, tu l’es ma vieille ! GO !

Le rythme est un peu élevé en ce début de course, volontairement, mais il cessera une fois la barrière horaire de Reckingen (30e km) passée. Cependant, on est y est bien dans ce rythme. Ça fatigue pas, on avance bien, la météo s’éclaircie, le moral est là ! Une semaine qu’on ne fout rien donc on a les jambes impatientes !

On déroule, on enchaîne les bosses. On admire le magnifique coucher de soleil qui nous est offert sur l’Ober Rapperhorn. Je sors pour la première fois mon téléphone afin de capturer ce merveilleux moment. Avec les autres copains, on est tous des gosses face à ce spectacle. On est tous ces gamins venus faire une balade de dingue dans ces montagnes pour pouvoir l’admirer sans s’arrêter pendant plusieurs jours.

Coucher de soleil

Le jour se couche. On passe devant le premier ravito qui propose de la raclette (Chäserstatt KM44). On décline l’offre, pour cette fois, on sait que des centaines nous attendent sur la route. Et Flo a la jugeotte de me dire qu’on attaque une longue descente sur Fiesch, et avec cette raclette dans le ventre, ce n’est peut-être pas judicieux ! Soit…, ma gourmandise patientera.

On arrive à la première base de vie vers 22h si mes souvenirs ne sont pas trop mauvais. On dort pas ce soir, on préfère prendre de l’avance. Puis le sommeil n’est pas encore de la partie. On mange bien, on se change et on s’habille en conséquence pour la nuit fraiche qui va arriver. Collant et manches longues !

C’est maintenant que ça commence vraiment.

Fiesch →Eisten (104,4km – 7555d+)

Dimanche 29 Aout 22h → Lundi 30 Aout 13h

Les somnolences et les premières douleurs.

 

« Mais la première nuit elle va bien passer ! On n’a pas encore trop de fatigue ! On est frais ! Ca fait que 10h qu’on court » Tu parles ! La première nuit, c’est la pire ! Une fois le sommet du Safflischpass (2561m) atteint, mon sommeil m’attend sur un plateau. Mon cerveau avait déjà fait part de sa fatigue plusieurs fois durant les 1500m de l’ascension, me donnant bien froid et mettant à mal mon moral mais pire m’attendait encore au sommet ! Mon corps, marchant tant bien que mal, s’endormait et se faisait réveiller par mes pieds heurtant les cailloux du chemin. 3h dans le brouillard, dans la somnolence. Dans le froid. J’ai envié ce duo, endormi dans l’herbe, à 2500m d’altitude, dans un froid glacial.

Je lutte encore pendant 3 ou 4 heures. Puis on arrive au ravito de Fleschboden, vers 4h du matin. Y’a des coureurs K.O, comme moi. Assis avec le regard dans le vide. Mais y’a des bénévoles joyeux, avec de la croziflette toute chaude. J’en demande un immense bol et mange sur une pauvre chaise en dehors de l’abri, dans le froid et le gel, en face de Luca Papi et à côté de mon frère. Avec ma tête de zombie, Luca ma conseille de trouver un abri bus, plus bas, pour me reposer et dormir un peu. C’est un bon conseil, mais on ne trouvera pas d’abri bus. On ne trouvera même pas de village. On descend dans la vallée (1200m), dans la forêt, et on remonte pour 1600m de dénivelé. Le rythme plus élevé de la descente a l’avantage de me réveiller et le jour qui se lève également. Je n’ai plus envie de dormir. Par contre je ressens bien que le corps en aurait besoin. J’avance lentement. Le terrain est, et sera toujours, assez technique. On accumule l’usure !

Il n’est pas loin de 10h quand on arrive au ravito de Lengritz (KM 82). Les bénévoles parlent uniquement Allemand. On est encore loin de l’arrivée pour en être toujours à cette langue. Je ne sais même plus dire café.

Peu avant d’arriver au Col de l’Inneri Nanzlicke (2579m), Flo regarde une pente herbeuse ensoleillée et me suggère un petit roupillon. Je ne me fais pas prier. A peine assise, je ronfle déjà. 20min plus tard, on se fait réveiller par l’alarme. Ça tombe bien, un nuage arrive. On repart, quand même bien reposé. La prochaine base de vie n’est plus très loin, on y sera dans 4 heures environ ! En tout cas, assez rapidement pour que nos suiveurs nous loupent au ravito de Giw, juste avant ! C’est dans cette descente qu’on rencontre Julien, revenu battre la Swiss Peaks suite à un abandon forcé l’année dernière et Mr et Mme Nok, qui souffriront d’ampoules tout le long de la course !

Sur les derniers kilomètres reliant à la base de vie d’Eisten, les prémisses d’une souffrance qui ne me quittera plus jamais font surface. Sur un Ultra, il t’arrive toujours un truc qui ne t’es jamais arrivé ! Et oui. Douleur aux périostes et sur l’aile extérieure du pied gauche. Chaque impact au sol pendant les descentes me déclenche une terrible douleur. Avec la fatigue, c’est dur de lutter mentalement et de taire les informations envoyées par mon corps. Je sais que la base est proche, donc je râle à chaque fois et laisse couler quelques larmes. Je ne me bats pas. Un peu de faiblesse et de décharge émotionnelle ne font pas de mal.

On retrouve nos parents à Eisten (1094m) et les autres fous qui sont arrivés avant nous. Au programme : festin de pates mais l’appétit n’est pas là pour moi. J’ai mal, j’ai sommeil, je suis sale, j’ai chaud. Donc direction la douche, une bonne séance de kiné et du strapping, puis dodo sur les tatamis pour 2h30.

Eisten Grimentz (156,2km – 11 938d+)

Lundi 30 Aout 17h → Mardi 31 Aout 11h

Le pouvoir du repos !

A mon réveil, Flo est déjà debout. L’appétit s’est réveillé aussi. Je mange 2/3 trucs et j’enfile mon..! Ah bah non ! Pas mon short. Toujours pas pour aujourd’hui. Il est 17h et la nuit va bientôt tomber ainsi que le froid. Surtout qu’on monte haut cette nuit, quasi à 2900m.

On repart comme neuf, mais à 2. La nuit va être technique. On en est loin mais pourtant, on va traverser Belledonne ! De la bonne caillasse à minuit. C’est le timing parfait !

Avant, je retrouve enfin Adam (venu après son UTMB) dans un super resto/ravito à Grächen (KM 113,7). Il est 20h, on est enfin callé sur les horaires des gens normaux. On arrive au restaurant. Niveau dress code on n’est pas ouf mais on ne pue pas trop. Et on est en meilleur état que les autres coureurs allongés derrière les tables. On se régale ! On goûte le Choléra, un plat typique des pauvres, mais comme toujours, ce sont les meilleurs. Requinquée comme jamais, j’suis prête à affronter le gros morceau qui nous attend. Une ascension de 1800m. Easy.

Comme promis par Antoine (un coureur), c’est bien technique. C’est bien Belledonne. L’accès à Augstbordpass (2892) me donne du fil à retordre. Des roches, des dalles. Ça doit être si beau quand c’est éclairé.

Peu avant l’arrivée au Col d’Augstbordpass, je quémande à Flo un arrêt pour manger un snickers, la base de mon alimentation sur cet ultra avec les Pickup et les bonbons Haribo ! Quand soudain, à la deuxième bouchée, je vois, persuadée, devant moi, à même pas 10m, un loup. Oh ! Ma première hallucination ! Il approche vers nous. Je suis tétanisée. Bien consciente que c’est une hallucination, je reste pourtant persuadée qu’il est la devant nous. Je suis incapable d’avancer et me trouve horrible de demander à mon frère de passer devant. Il va se faire dévorer bordel ! Suivant son courage, je passe devant cette touffe d’herbe mélangée à du brouillard, fixant attentivement le moindre de ses mouvements.

On redescend très lentement sur le ravito Bluomatt (1859m), les cuisses accusent un peu le coup et le corps a besoin de sommeil. On arrive dans une grange avec un énorme troupeau de vaches dans la cour. Il fait très froid. Les bénévoles disposent d’un mini convecteur pour ne pas sombrer. Il est 4h30 du matin. On se laisse très volontiers servir une raclette puis je découvre avec bonheur qu’il y a quelques lits de bonne fortune au grenier de l’étable. Un bénévole nous y conduit. Il fait au moins -8000 là-dessous ! Je me jette sous la couverture après avoir demandé au bénévole de nous réveiller dans 45min. La chaleur nait instantanément sous la couverture. Je sombre immédiatement dans un sommeil profond et lourd ! Les délicates papouilles du bénévole sur mes pieds me réveillent à 5h30. L’émergence est difficile. Sortir un bras est glaçant. J’attrape mes affaires et les glisse sous la couverture afin de les réchauffer. L’entrain de mon frère me motive à me sortir de la rapidement. On grignote un p’tit déj. J’abuse pas, je ne reprends pas de raclette.

On repart pour le lever de soleil. Seulement 20min de frontale et on peut la quitter. On ne le louperait pour rien au monde ce lever. C’est magnifique. On croise le Légionnaire et on retrouve pas mal d’autres copains dans la montée du Col de la Forcletta (2875m). Le gel laisse place aux premiers rayons du soleil. Ahhh être exposé à l’Est de bon matin, c’est mortel ! Que c’est bon de sentir sa chaleur sur nos visages. On s’empresse de se dévêtir pour enfiler le short et le t-shirt. Une journée entière que je ne les avais pas mis ! Je me sens en forme.

On fait une belle descente et on remonte facilement un petit coup de cul jusqu’à la 3e base de vie de Grimentz. Je ne souffre pas de mes périostites, surement les bénéfices de la cryothérapie de cette nuit !

On retrouve les parents et Adam qui nous a préparé des crêpes. Merveilleux. Il ne doit pas être loin de 12h. On ne pense pas dormir, les 45min de ce matin ont fait du bien et nous avons envie de profiter de la belle journée. Si on n’est pas trop mauvais, on aura du temps pour dormir à la prochaine base. On arriverait en pleine nuit.

On mange et on fait une petite sieste de 20min. Enfin on ferme juste les yeux et Adam me fait des papouilles dans les cheveux. Ça ressource tout autant.

 

Grimentz Grande Dixence (196 km – 15 114d+)

Mardi 31 Aout 14h → Mercredi 1er Septembre 1h

Passer par tous ses états !         

Il est 14h. Je me badigeonne de nok et de crème solaire et c’est reparti pour la grimpette ! Grosse chaleur au début mais le pouvoir de l’altitude ravit mon intolérance au cagnard. Direction la Cabane du Becs de Bosson à presque 3000m. On y sera pour le goûter ! La montée se passe nickel. C’est mon moment préféré faut dire ! Puis il fait jour, c’est cool de voir où l’on marche ! On recroise le Légionnaire qui prend un bain de soleil contre le mur d’un restaurant d’altitude.

Nous, on préfère enquiller d’une traite ! Au sommet, je découvre le meilleur ravito de cette traversée. Des sandwichs aux cornichons, beurre, saucisson fromage. Simple. Efficace. Je les dévore en glissant des bouchées de Toblerone et de bonbons. De quoi rendre fou un nutritionniste cette course !

Comme après chaque montée, y’a une descente, le plat n’existant pas ici. On file ! On entend une cloche à la fin de la descente. C’est le signe de l’arrivée d’Adam vers nous ! Il a investi pour nous accompagner ! On arrive au ravito d’Evolène en bas de la vallée à 1340m où on retrouve notre équipe habituelle qui ne rate pas un de nos rendez-vous. On mange et on roupille 30min, sans parvenir à trouver le sommeil. Je suis allongée dans ce lit superposé au sous-sol mais je ne parviens pas à trouver une position convenable. J’ai mal dans toutes les positions. Les fessiers, les hanches, les quadri…rien. Mais je profite de cette chance de ne plus être debout.

On se relève et on repart pour une belle ascension nocturne de 1400m avant la 4e base. Il doit être 18h, j’enfile mon pyjama et c’est parti. Je me jette droit dans la gueule du loup ! A la rencontre de ma déchéance.

On recroise notre cher Ukrainien, Olexander, seul du début à la fin sur cette course. Comme à chaque fois, on le double en montée puis il nous redouble soit en descente soit aux bases de vie.

La lumière tombe, je ressens d’étranges sensations. Je ne suis plus dans mon corps. J’avance mais mon esprit se trouve plus haut. Je me regarde avancer. Mon frère est derrière moi et me pose une question. Je me retourne et m’étonne de le trouver là. « Mais euh… j’étais persuadée que c’était Adam derrière moi, qu’est ce que tu fous là ? ». Etrange…Une immense fatigue me tombe dessus et je suis incapable de la gérer. On arrive à mi-montée, au ravito de Chemeuille (2122m) dans une petite cabane d’altitude. Lorsque je rentre, de nombreux traileurs sont à table et se régalent. Dans ma tête, tout tourne et les bruits font de l’écho au fin fond de mon cerveau. Je ne suis pas bien. J’aperçois derrière la table un lit et me jette dedans. Je ne salue même pas les hôtes. Je suis en ébullition, je veux me reposer mais il y a trop de bruit et je n’y arrive pas. Malgré ma fatigue, mon cerveau est hyperactif. Les larmes coulent toutes seules alors que je ne suis pas triste. Je suis juste épuisée, exténuée. Mais je repars. Après 30 minutes, un coup de fil à Adam et les mots de mon frère, l’envie m’est redonnée. J’attrape une poignée de bonbons sur la table, c’est la seule chose que je suis capable d’avaler. Et on repart. Le Col de la Meina (2702m) est terriblement loin. A chaque fois qu’on est persuadé d’y être, ça remonte. Les 700m de dénivelé les plus longs de la course ! Mais ça y est ! On atteint enfin le col !

Qu’est ce qui est difficile la nuit… ? Ne pas voir le paysage et où l’on se dirige. Je vois des frontales tout à droite, loin, loin, loin et comme des projecteurs sur ma gauche, très loin aussi. On se dirige ou ? En tout cas, ce qui est certain c’est que pas tout de suite qu’on va se coucher ! Le moral n’est toujours pas au top mais je mets un pied devant l’autre. On est tout seul depuis le dernier ravito. C’est pas que je me sente seule, mais la vision de quelqu’un d’autre et un petit échange me changerait les idées. C’est très technique, c’est usant. Je ne peux pas me mettre en mode pilote automatique. Il faut éviter tous ces cailloux.

Finalement, c’est à gauche qu’on va. Et la lumière qui me semblait être un immense projecteur éclairant une sculpture n’est d’autre que la base de vie de Grande Dixence (2138m). Le plus haut barrage du monde ! Bon en pleine nuit on ne voit rien. On a terminé la descente et un p’tit 200m de d+ nous attend pour rejoindre la base. Ça fait du bien de rechanger d’effort. J’ai l’immense plaisir d’entendre la cloche et la musique mise par Adam au sommet. Papa est là aussi. J’ai pas l’envie de parler ni de sourire mais c’est un bonheur de les retrouver.

Cette base, c’est le luxe ! Douche individuelle et chambre d’hôtel ! Avant, j’essaye de manger mais c’est difficile. J’ai pas envie, ça passe pas. Je dois reposer mon corps. Après ma douche, Adam me masse et me laisse me reposer. Il est 2h du matin. On se donne rendez-vous à 7h au petit déjeuner avec Flo. Dans la nuit, d’autres filles rejoindront la chambre pour se reposer aussi. J’alterne les phases de sommeils profond et de réveils. Ce qui me réveille ? Une toux terrible à cause de l’effort et de la poussière et mon nez bouché. Je vis avec le gout du sang depuis maintenant 3 jours. Mais l’épuisement est tellement fort que je me rendors instantanément.

Sur les coups de 6h, je me réveille. Me rendormir ? Quelle douce idée…mais je me sens reposé et prête à repartir. Je sais que Flo sera levé. Alors c’est parti.

Comme prévu, Flo est en train de déjeuner. J’ai super faim. Ça y est, j’vais me requinquer ! Tartines beurre confiture, une fois, deux fois, trois fois…bon j’arrête de compter ! Je mange comme 12, mais je ne me sens jamais remplie.

C’est l’heure de quitter la base, en direction des plus beaux paysages du Valais. Même si tout était déjà magnifique.

Grande Dixence Finhaut (268,1 km – 20 434d+)

Mercredi 1er Septembre 7h → Jeudi 2 Septembre 7h

Le paradis et l’enfer : une simple frontière.

On monte sur un Ancien Glacier à 2965m, le Grand Désert qu’on l’appelle. L’ascension est géniale. Les sensations sont bonnes, il fait beau, les paysages sont grandioses. On se régale. On voit des bouquetins. Le terrain est technique mais on progresse bien. Il y a encore du gel sur la moraine donc tranquille !

C’est ici qu’on découvre l’un des ravitos le plus atypiques ! Une tente en plein milieu des ruines de l’ancien glacier avec 3 courageux. Nichés à presque 3000, ils campent 3 jours ici pour nous soutenir. Une plaquette de beurre, du lard au miel et du fromage. C’est simple, sommaire, mais tellement humain. On continue notre périple, j’en prends de plus en plus plein la vue. On descend sur le lac de Louvie (2214m), d’une couleur éclatante. Ce début de journée est sublime. On rejoint le ravito de Plampro (1360m) où l’on retrouve nos accompagnateurs du tonnerre !

Les jambes ont quand même bien subi dans cette longue descente. J’ai mal aux muscles. J’ai mal derrière les genoux. La raclette va les réparer ! Il doit être 13/14h quand nous nous attablons !

On rattaque ! Oh tiens, Olexander ! On le double en montée, comme toujours ! On retrouve Mr et Mme Nok au ravito de la Cabane de Mille (2481m / KM228). Les paysages sont magnifiques. On reste pendant des heures sur un chemin en balcon. Je suis portée par la beauté de ce que je vois.

Ça se passe toujours bien, cette journée est vraiment top ! Les descentes toujours trop longues mais c’est comme ça ! Et c’est pas trop mal au final. Tant bien que mal j’essaye de relancer. Mes périostes commencent à se manifester donc je ralentis. On débarque à Orsières (880m). Les noms commencent à me dire quelque chose. C’est bon signe, on se rapproche ! On arrive au ravito de Prassurny (1111m / KM 241), avant Champex, on va se reposer un peu. La nuit commence à tomber.

« Quelqu’un a commandé une tarte ? ». J’entends cela en arrivant au ravito. Quelle joie. Quelle surprise de voir Ana ici. Quelle chance d’avoir de si formidables amies. Avec vraiment une tarte dans les mains en plus. Parce que sinon c’est pas une amie de faire toute cette route sans rien apporter quoi. On part vite déguster ça ! Ainsi que la croziflette cuisinée par Adam. Repas de fêtes pour ce 4e jour ! Après tous ces échanges et ces ventres remplis, on décide d’aller dormir 1h. Un gros bout nous attend, et pas des plus simple. Je m’endors sur mon lit de camp en 2 secondes et ronfle 1 heure. Selon Florian. Je ne le crois pas. Je suis une princesse. Bref, le réveil est plus que difficile. Mais faut repartir. On n’est pas venu pour un séjour en demi-pension avec nuit complète. Alors c’est reparti.

Merci mille fois Ana d’être venue et d’avoir attendu de 22h à 23h que je me réveille pour me souhaiter bonne chance. T’es incroyable. Merci aussi Papa, Maman et Adam d’avoir fait de même, et pas que cette fois.

On repart en pleine nuit pour Champex (1488m) mais surtout, pour la Fenêtre d’Arpette (2665m). L’obstacle autrement dit. Mon obstacle. Y’en a même qui forment des Team pour partir l’affronter…🙂On grimpe dans de la caillasse pendant je ne sais combien de mètre de dénivelé. Je suis pas totalement fraîche, loin de là. Le dodo ne m’a pas fait du bien. Trop long ou pas assez je ne sais pas. Mais pas reposant. Ça me parait être un Everest. Je respire fort, je m’impatiente devant ma lenteur. C’est pas un bon souvenir. Surtout qu’arrivés en haut, ma frontale me lâche. Ça va…, il est 3h du matin. Le soleil se lève dans 4h. Flo me prête la sienne de secours parce que ma seconde est trop faible en lumens et devant la technicité de la descente, j’ai du mal à bien voir. On se fait doubler, doubler et encore doubler. J’suis une tortue. Mes appuis ne sont pas surs. Je dérape souvent. Je respire fort alors que je ne suis pas essoufflée.

Ça devient un peu plus roulant, je lâche une foulée. Je glisse sur un caillou et finis dans le décor. Sauf que le décor ici n’est pas paradisiaque. Nous descendons les Gorges Mystérieuses. Et l’endroit dans lequel je me plante n’est d’autres que le haut de ces gorges, le début de la falaise qui y mène. Je lâche un immense « Putain » alertant mon frère. Je plante mes doigts dans la terre et parviens à stopper ma glissade. J’suis incapable de bouger. Totalement paralysée. Florian vient à ma rescousse et me tracte pour me remonter. On s’assoit deux secondes sur un rocher histoire que je cesse de trembler et on repart. 100m plus loin, on descend dans un passage câblé et très abrupt. Je ne cesse de penser à ma chute et où j’aurais atterri si je ne m’étais pas arrêtée. Bref, j’y penserai jusqu’à Finhaut (5e base de vie).

On descend sur Trient (1327m). Sur une grande prairie très très froide ! Il doit être 5h du matin. On voit la tente du ravito. Je rêve de dormir. Mais il fait terriblement froid ici. Puis Finhaut n’est plus très loin. Mais j’envi encore une fois ce gars allongé dans l’herbe humide sous la tente, enroulé dans sa couverture de survie.

Je noie ma peine dans des carreaux de chocolat aux noisettes et des cookies. Y’a que ça qui me réconforte. Je sais que d’une minute à l’autre on va quitter la tente et retrouver le froid et la solitude de la nuit. Mais bon, le jour ne va pas tarder à se lever et savoir que nous sommes attendus me motive. Allez, c’est parti. Le courageux bénévole nous accompagne dehors sur quelques mètres afin de ne pas louper le chemin. Ils sont merveilleux. Merci.

On progresse. On croise 2 groupes vautrés par terre, en train de dormir. Chanceux…j’espère juste qu’ils n’ont pas trop froid. Et qu’ils se sont réveillés depuis.

On descend bien bas, au fond des gorges pour remonter à Finhaut (1224m) ou j’entends ma petite cloche. Mon cœur se réchauffe mais mon corps est vidé. Usé de cette nuit. Meurtri.

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Il est 7h. Je réclame une glace à Adam. Qu’elle est bonne ! Mes parents sont aux p’tits soins ! Je file me doucher puis je vais chez le kiné. Les douleurs se manifestent de plus en plus fréquemment, des chevilles jusqu’aux genoux. Une fois terminé et après avoir lutté pour ne pas m’endormir, je file sur les tatamis du gymnase et m’endors pour 2h. Il est 11h quand Adam vient me chercher. J’suis dans le brouillard. C’est tellement dur. Mais dans ma tête, je suis pleine de motivation. « 3 bosses et c’est la dernière base de vie, la 6e et dernière Manon ! On y est ! ». Je me lève. On ne dirait pas que je m’apprête à enquiller encore une petite centaine de kilomètres. Je boite, j’avance comme un escargot. J’ai tellement mal aux périostes et aux chevilles. « Une fois que ce sera chaud ce sera bon ! ». Pour la première fois, je pense au kilométrage qu’il reste. « Plus que 100 bornes ». Bientôt, y’aura plus que 2 chiffres. C’est bon ça !

Je retrouve mon frère, je mange et on repart.

Finhaut → Les Crosets (308km – 23 869d+)

Jeudi 2 Septembre 13h → Jeudi 2 Septembre 23h

La renaissance.

J’ai une super forme. Il est midi passé, on attaque la première des trois ascensions. La grasse matinée m’a fait un bien fou, levée à 11h, wahhh ! En s’étant couchée à…9h…

On monte au Col de Fenestral (2450m). On double. On retrouve Mr et Mme Nok ! Nos parents sur cet ultra ! On redescend doucement sur Emaney (1856m), c’est technique et j’ai mal. Mais j’le prends bien, je suis dans une dynamique positive, j’accepte. Je ne peux rien y faire, mis à part arrêter. Et c’est hors de question.

On remonte au Col d’Emaney (2462m), j’ai toujours la forme, on double ! (Je ne parle jamais de la forme de Florian, elle est toujours là, frais du début à la fin, avec une facilité épatante !)

Quelle vue !! Déjà qu’en montant j’étais impressionnée par la face rocheuse gigantesque des Pointes d’Aboillon mais découvrir le prochain vallon me scotche. Le Lac de Salanfe (1902m) est magnifique. On descend sur le ravito de Salanfe qui le borde. Au menu, saucisse patate et des Caramels au beurre salé maison. Le meilleur quatre heures de la course ! J’me régale.

Lac de Salanfe

On repart pour la dernière bosse avant la base de vie ! En fait, on croyait que c’était la dernière…, malheureusement y’aura encore une longue piste montante à parcourir, mais on ne le savait pas avec Flo. C’était peut-être mieux de l’ignorer.

L’ascension jusqu’au Col de Susanfe (2493m) est incroyable. C’est magnifique. Je commence par me faire une saignée de nez avant de commencer pour évacuer les toxines et c’est parti ! Le sentier passe sous des barres rocheuses impressionnantes et dans de petites cheminés. C’est minéral. C’est merveilleux. Et qui est-ce qu’on recroise à 17h, à 2500m d’altitude ? Et bien Olexander ! On le double dans la montée. Ça faisait longtemps !

Col de Susanfe

Dans la descente sur le dernier ravito avant la base de vie, Adam et sa cloche nous rejoignent et pas longtemps après, c’est Robin, notre frère qui vient à notre rencontre. Encore une merveilleuse surprise ! On rejoint tous ensemble les parents et les crêpes du ravito de Barme (1420m). La nuit vient de tomber. Ça caille en fond de vallée.

On repart vite, l’euphorie de la dernière base ! Mais comme je l’avais dit, on n’avait pas conscience que cette dernière partie serait si longue. Une longue longue piste carrossable nous y mène. Lassitude, froid, sommeil, ennuie, nuit… On ne voit même pas la station. C’est donc caché derrière cette bosse. Faut donc passer cette crête. On perçoit des frontales au loin. C’est loin. L’impatience rallonge cette dernière section. Robin vient à notre rencontre sur le dernier kilomètre ce qui me réchauffe terriblement à l’intérieur. Le micro-bout de descente sur la base de vie me détruit ce qui me restait de tibias. Un appui, une décharge. La pause va faire du bien. Une bonne nuit de sommeil. La dernière. La dernière Manon ! Il est environ 23h quand on arrive aux Crosets (1684m).

En plus, j’ai la belle surprise de voir qu’Adam à marchandé avec l’organisation pour que je puisse dormir dans le Van avec lui cette nuit. Un vrai bon lit ! Je ne me fais pas prier !

Pas de douche pour ce soir, elles sont H.S chez les filles. C’est de l’eau brulante qui sort. Super ! J’ai pas la force de remarcher vers les bénévoles pour chercher une alternative. Je me lave dans le lavabo. Je monte manger et passe chez l’ostéo pour mes périostes et mon dos qui commence à me faire souffrir. Puis je file au lit. On met le réveil à 4h.

 

Les Crosets Le Bouveret (364km – 26 583+)

Vendredi 3 Septembre 4h → Vendredi 3 Septembre 19h

L’enfer existe bel et bien ! Mais le paradis n’est jamais bien loin !

 

Dernier réveil. Dernière fois que je dois lutter contre moi-même, avec moi-même. Dernière fois que je cherche cette chaussette au fin fond de mon sac. Dernière fois que je dois chauffer mes tibias pour moins souffrir.

Ça fait plus de 100 heures que nous sommes partis de l’autre bout du Valais, 300km plus loin. Il reste moins de 60km.

Allez, plus vite on est parti, plus vite on arrive ! On est pas mal à avoir pris le temps sur cette base. Je vois plein de copains en train de dormir sur les tables, comme en cours de Math.

J’ai hâte d’entamer cette dernière section et de revoir le Lac de Chésery (1891m). J’y suis passée l’année dernière lors de mon GR5 Les Chapelles to le Lac Léman. Et c’était également ma dernière étape, quasi à la même date, à cinq jours près. Jour significatif pour moi donc. Le lever de soleil est magnifique. Une belle journée pour terminer cette aventure.

Lac du Chésery

On court sur le plat, le long de la rivière qui mène au ravito de Morgins (1333m) ! Incroyable. Ça donne des ailes de savoir qu’on a bientôt fini. J’ai pas encore trop mal aux périostes mais ça me titille. J’ai l’impression qu’on court pendant 10km. En réalité, en regardant la trace, il n’y en a même pas trois…

On p’tit déj au ravito. Il est 7 ou 8h du matin. Je mange des quantités astronomiques mais mon ventre me parait toujours vide. Ça fait 5 jours qu’on mange tout le temps mais qu’on n’est jamais rassasiés.

On regrimpe. Ça repose mes douleurs. On s’arrête dans au ravito de Conche (1685m), on mange des crêpes. On est tout seul avec la famille de bénévoles. C’est unique. L’ambiance est familiale et chaleureuse. On repart à l’assaut des derniers 300d+ hyper raide du Col de la Folière et nous découvrons la vue sur le lac. Il est là. La ligne d’arrivée est devant nous, à même pas 10km à vol d’oiseau. Il nous en reste 30. C’est quoi 30 bornes ? Quand en a déjà fait 330.

Première vue sur l’arrivée – Le Lac Léman

On descend. J’ai affreusement mal. C’est de pire en pire. Tout le temps. Une décharge qui prend tout l’avant de la jambe jusqu’à la cheville. Une douleur qui me fait grimacer à chaque pas. Je me résous à prendre un anti-inflammatoire pour me soulager et pouvoir prendre du plaisir sur cette magnifique dernière journée. Ça marche. On continue la descente et les impacts ne me font plus rien. On avance bien et on retrouve ma cloche adorée et mes parents d’amour au Lac de Tanay (KM 343 – 1415m).

Les anti-inflammatoires ont cessé d’agir. Il est 14h. J’ai pris les derniers à 10h. L’infirmière qui sommeille en moins devrait attendre encore avant d’en reprendre mais la traileuse souffre trop. J’en reprends un. Il ne me fera aucun effet et me laissera seule avec ma souffrance. Bien fait.

C’est l’avant dernier ravito. J’suis tellement heureuse. Il fait beau. Mes parents et Adam sont là. Avec Flo, on prend le temps de se poser et de manger. 20 bornes. C’est tellement rien. On sait qu’on va finir. Tous ceux qui arrivent là iront jusqu’au bout. Tout le monde le sait et ça fait régner une belle ambiance dans l’air. L’ambiance est joyeuse et reposée. Les bénévoles sont à fond et nous surmotivent. Il reste un col et ensuite nous descendons sur le lac. Le lac Léman. Les sensations sont impossibles à retranscrire. Ce qui me traverse est tellement unique. Je ne réalise pas mais je comprends ce qu’on est en train de faire, de terminer. Fous de nous.

Lac de Taney

On y va. La montée jusqu’au Pas de Lovenex (1850m) est régulière et comme toutes les montées, elle passe très bien.

La descente, ça va être autre chose. Quand normalement l’euphorie et le soulagement de la fin devraient prendre le dessus, une autre émotion survient. Le ras-le-bol. Causé par la douleur qui se manifeste essentiellement en descente. Et il reste 10 bornes de descente. J’essaye de lancer un peu sur le goudron peu pentu mais c’est paralysant. Je m’appuie sur mes bâtons pour soulager au maximum mes appuis. Ça nous ralentit bien du coup. J’essaye au début de cacher à Flo que je suis à bout, qu’il ne croit pas qu’on aura cette allure tout le temps, mais si. Mais il est formidable et comprend. Qu’importe le temps, on arrivera et il sera patient.

Au fur et à mesure que l’on perd de l’altitude, des larmes de douleur coulent également. Lassée et épuisée, je veux en finir et voudrait mettre moins de temps qu’il n’en faudrait pour terminer. Je me résonne, patiente Manon, patiente, c’est la fin. Du fait de l’arrivée proche et certaine, ma force mentale me lâche doucement et ne filtre plus rien, n’envoie plus valser les douleurs mais les contient en moi. Plus besoin d’être forte et solide, c’est fini.

On recroise Olexander ! Il nous double dans la descente. Il voit ma mine et me réconforte. On se revoit en bas !

Le terrain s’aplanit dans la forêt. On comprend avec Flo qu’on a atteint l’altitude d’arrivée. Plus qu’à tirer sur le Bouveret (384m). Mes larmes s’envolent, la douleur diminue, c’est plat. On fonce. On relance un peu. On arrive en ville. Personne ne change de trottoir. Ils devraient. Un vrai zombie arrive.

On est heureux comme des gosses. On voit le port d’arrivée. On entend les applaudissements. On voit la foule. On voit Adam. On voit Papa et Maman. On voit l’arche. Il est 19h, on passe la ligne d’arrivée. Je m’effondre dans l’herbe. Je suis comblée. Le repos. Le cerveau relâche tout. Je ne suis plus capable de marcher.

 

Un rêve réalisé

Finisher en 127h.

 

127h. Comme le mec qui s’est coupé un bras pour survivre. J’trouve que c’est pas totalement hasardeux. J’me suis coupée l’âme. J’ai tout donné à ce Valais, mon corps et mon esprit. Mais il me l’a bien rendu. Je n’ai jamais été aussi fière. J’ai puisé au plus profond, utilisé chaque ressource que je pouvais, que j’avais. J’ai réalisé ce rêve fou de traverser le Valais. 366km et presque 27000m de dénivelé en 127h. Je termine 3e Sénior. 67e arrivante. C’est un truc de ouf. Et je ne suis pas seule à pouvoir en discuter. J’ai tout partagé avec Florian. On a créé un magnifique souvenir ensemble. Unique. Qu’à nous.

On a rencontré des personnes formidables. Des bénévoles incroyables et tellement attentionnés. Rien de plus humain et extraordinaire qu’une telle aventure. Pas la moindre idée de compétition. Que de l’entraide, de la motivation, du soutien et du surpassement. On marche ensemble dans la même direction. Pas question de classement. Mes plus grandes tristesses sont d’apprendre l’abandon d’un tel ou d’une telle et mes plus grands bonheurs sont de retrouver le chemin de ceux que nous n’avions pas vu depuis plusieurs heures ou jours. On a habité les sentiers ensembles de jour comme de nuit pendant une semaine. On a suivi le même chemin, ressenti les mêmes choses. On est tous venus dans le même but et on a triomphé.

Merci Papa, Maman, Adam. Savoir votre présence au prochain point m’a poussé à venir vers vous à chaque fois. Merci pour votre soutien sur ces presque 6 jours. De jour comme de nuit. C’était si précieux.

Merci Ana et Robin pour vos venues surprises. Au bon moment.

Merci Pépé pour ton coup de fil. Au bon moment aussi.

Merci à nos anges gardiens.

Et merci à vous tous qui m’avaient suivi et envoyé des messages tout au long de la course. Je les voyais et lisais sans prendre le temps d’y répondre. Mais ils faisaient du bien dans la nuit.

J’ai vécu une aventure incroyable avec mon frère. Complètement dingue même. Mais nous ne sommes pas des fous. La trace GPS est impressionnante, les chiffres aussi. Mais ce n’est pas si compliqué au fond. On ose juste. On ose faire. On ose se donner la chance d’y arriver. On ose vivre de ce qu’on aime. Nous avons vécu de choses simples, naturelles et primaires. Rien d’incroyable. Ce qui est irréaliste, ce sont ces milliers de gens qui vivent cloitrés chez eux sans jamais venir profiter de la nature. Nous vivons au grand air, cultivons nos qualités physiques et psychiques dans le but d’être les maîtres de nous-même et de notre existence. Nous avons fait le choix de la simplicité, de la vie. Nous ne sommes pas fous, au contraire. Nous sommes les seuls à ne pas l’être.

J’ai juste traversé le Valais à pied, par la montagne. J’ai juste profité de la vie simplement pendant 5 jours et demi. J’ai vécu de ce que j’aime : de la marche, de la montagne, des paysages, des rencontres, des bonnes assiettes. Je me suis offert le luxe de m’isoler de tout, d’être hors du temps.

Quel jour est-il ? Nous ne savons pas. Qu’est ce qu’on va faire aujourd’hui ? Marcher. Parce que la seule solution c’est ça. Marcher. Marcher ou abandonner. Donc on marche, pour le plaisir, pour la nécessité, pour avancer. Parce que le seul moyen pour finir c’est de mettre un pied devant l’autre. Je n’ai jamais voulu trop savoir ce qui nous attendait. Le dénivelé des ascensions, le kilométrage fait et restant. Qu’est ce que cela aurait changé ? Il faut marcher c’est tout. C’était un moment éphémère dans ma vie. Un instant de partage unique, si fort, si incroyable.

La souffrance n’est rien face à tout cela, même si elle était toujours présente, elle ne pèse plus rien. Ne reste que la fierté de cette performance, l’apaisement et mes jambes œdématiées, comme une grand-mère.

De nouvelles portes viennent de s’ouvrir.

(Adam a filmé pendant le Swiss Peaks. Je vous invite à aller visionner tout ça ! ICI !)

Fnish Line – Swiss Peaks 360

 

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2 commentaires

  1. Ouah Manon ! C’est un super récit, j’en ai la gorge nouée. Merci de nous avoir fait revivre ce moment. Je suivais Julien, que tu cites dans ton récit. Quelle belle plume. Bonne route 🙂

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