Seule sur les sentiers

“Oh ! Mais t’as pas peur de partir toute seule comme ça en montagne ?”

Beh non ! Non parce que j’ai confiance en moi, en mes capacités, en mes connaissances. Non parce que je connais mes limites. Non parce que je sais être raisonnable dans les situations délicates et à risque. Non parce qu’on m’a toujours appris depuis toute petite les bons réflexes et les dangers de la Montagne. Je sais ce dont j’ai besoin pour chaque type de mes sorties dans mon sac à dos. Je sais ou je veux aller et je sais comment y aller. Je sais à quel type d’itinéraire je peux m’attaquer seule et je connais ceux qui nécessitent que je parte avec quelqu’un d’autre.

“Pourquoi tu fais ça ?”

Partir seule me permet de me prouver que je suis capable, que j’ai le mental et l’endurance, que je sais me débrouiller et faire face à des situations plus ou moins difficiles ! Saison après saison, je constate mon évolution et me rends compte que je casse des barrières, que je parviens à réaliser de plus en plus de chose, d’aller de plus en plus loin, d’oser ! Et cela sans prendre de risques. Car les obstacles qui me barraient la route hier, j’ai appris à les franchir ou les contourner, à repousser cette peur qui me montrait qu’avant je n’étais pas encore prête, que je n’avais pas encore assez d’expérience et de savoir. Jours après jours, là-bas, j’évolue, je grandis, je me découvre.

Mais la solitude en montagne ne m’apporte pas que cela. Elle m’apporte beaucoup de réflexions. Souvent et presque toujours, sans le vouloir, mon esprit, après avoir contemplé l’espace, admiré les paysages, se focalise sur moi, sur ma vie.

Se retrouver seule, pour se retrouver. Renouer avec soi et penser à soi. Oublier ce et ceux qui nous entourent et se recentrer sur sa personne. Un peu d’égocentrisme ne fait pas de mal. Se recentrer sur ses envies, ses besoins. Faire le point sur ses accomplissements et ses objectifs.

Suis-je heureuse actuellement, fais-je ce qui me plaît ? Ai-je des regrets ? Que puis-je faire de plus pour m’épanouir pleinement ? Est ce raisonnable ?

Ce sont ces moments de solitude et d’introspection qui me permettent d’avancer, de faire le point, et de mettre au grand jour mes réelles envies.

Ce sont ces moments qui me permettent de trouver des solutions, des compromis pour atteindre ce niveau de plénitude et de bonheur. Loin du monde, la réflexion est plus aisée. La pensée n’est monopolisée que par ce que nous souhaitons penser et non perturbée par cette agitation urbaine insensée.

C’est le moment de trouver des solutions, de trouver les moyens d’y parvenir.

Qu’est ce qui est important dans le fond, dans une vie. Être en accord avec ses envies, avec soi. Faire ce qu’il nous plaît. Se donner à ce qui fait battre notre cœur. S’adonner à nos passions. Aller ou l’on veut, quand l’on veut, avec qui on veut.

“Et pourquoi la montagne ?”

Dans ces grands espaces, isolés du monde, de la foule, de la folie du monde d’en bas, tout s’oublie, les pensées s’envolent. C’est unique. Il faut y être pour comprendre.

Il faut admirer ses paysages, sentir ses parfums, écouter ses chants, frôler sa flore, espionner sa faune, chercher ses sentiers, dévaler ses pentes, couper ses chemins, inventer son parcours, repousser ses limites…

Ces moments hors du temps sont uniques. Le retour à la réalité est toujours difficile. Après une sortie de plusieurs heures, voire plusieurs jours en montagne, le décalage entre le haut et le bas est évident. Les soucis ne sont plus les mêmes. L’existence n’est plus la même. Les occupations, les besoins ne sont plus les mêmes.

La vie en montagne redevient plus primitive, plus animale. La seule personne sur laquelle nous pouvons compter est nous même. Nous puisons au plus profond de nous même et découvrons nos réelles facultés. Facultés qui sont enterrées dans l’autre monde ou nous sommes dépendants de tout. Ou nous sommes assistés pour tout.

La-haut, on découvre nos capacités, nos limites. On se surpasse. On s’étonne. On est fier. On se débrouille seul. On puise au plus profond.

Là-haut, je renais.

Là-haut, je suis libre.

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