Le Soldat de la Montagne – L’Ultra Tour du Beaufortain 2020

L’année 2020, une année exceptionnelle !

Inscrite dès le 1er janvier 2020 pour de prendre ma revanche à la suite de mon abandon de 2019, je suis dans les startingblocks ! Aux côtés des nombreux combattants, je serai sur la ligne de départ le samedi 18 juillet 2020 à 4h pour défier la montagne et surtout me battre contre moi-même. Cependant, l’annonce est tombée courant juin : annulation de la course compte tenu du contexte sanitaire actuel. Grosse déception, mais qu’importe ! J’irai, avec ou sans l’organisation. J’ai une revanche à prendre, des comptes à régler. C’est une histoire entre le Beaufortain et moi. Je vais régler ça à huis clos.

On se donne donc tout de même rendez-vous aux dates initialement prévues pour la course, le samedi 18 juillet 2020, mais une demi-heure plus tôt, à 3h30. Qui, entre Manon et la montagne, pliera le premier ? Où plutôt, Manon effacera-t-elle l’échec de la veille ?

Pour l’occasion, je trouve un partenaire, Albert, qui avait également pour projet de participer cette année et dont l’annulation n’arrête en rien la motivation. Je motive aussi mon frère, Robin à se joindre à nous avec l’aide de quelques collaborateurs ! Il prendra le départ avec nous ! Je convoque également mes parents qui auront la lourde tâche d’assurer les ravitos tout le long du parcours ainsi que le soutien des coureurs. D’autres invités sont également conviés pour assurer l’animation et les encouragements. Faut bien reproduire les conditions !

Le jour J arrive à grand pas. La veille, je me lance dans une délicate entreprise : opération cuisine et confections de mets cinq étoiles pour les ravitos. Cette année j’suis bien décidée à m’alimenter correctement sur ces 105km donc je décide de mettre toutes les chances de mon côté et me prépare des choses qui n’auront aucun mal à éveiller mon appétit : tarte thon/tomate, cake courgette/chèvre, biscuits apéro, gâteau pomme/châtaigne, saucisson fumé, coca, datte, figue, banane séchée…

Ma besace est prête et a l’avantage de ne pas avoir à s’encombrer du matos obligatoire habituel, bien que l’UTB ne soit pas l’une des courses les plus embêtantes de ce côté-là. Je fais le choix (très judicieux) de reprendre les bâtons pour cette distance, les ayant délaissés depuis 1an. « Ils vous seront grandement utile pour l’exercice que vous allez faire ! » (Double zéro, un classique).

Le seul truc que je me rajoute dans le sac, ce sont les cartes IGN. Y’aura pas de rubalises cette année. On va éviter de prendre de mauvais chemins et d’ajouter des montées supplémentaires. Quoi que ça, ça va, mais faut redescendre après et là c’est plus compliqué. Je connais quasiment par cœur l’itinéraire mais après la Gittaz (km65), lieu de mon abandon l’année dernière, je ne connais plus rien du tout ! Je suis déjà passée dans quelques-uns des coins qui suivent mais sur des sorties à la journée. Je vais devoir prendre toutes les pièces de ce puzzle éparpillées sur des années et les assembler en moins de 24h. Je l’espère. Le but étant de finir, j’ai quand même l’envie de passer moins d’une journée à trimer !

Pour éviter de sortir les cartes (ce ne sera qu’en cas de grand besoin, pour plus de précisions !), je les prends en photo et note dans mon mémo les coins par lesquels je dois passer. Oui, à cette ère numérique j’utilise mon mémo de téléphone pour me retrouver et me guider. Pour le moment, je fais ma vieille et ne veux pas entendre parler des tracés GPX à synchroniser directement avec ma montre pour me dire où se situe la Pierra Menta. Trop c’est trop, comptons un peu sur nous-même. Si on se perd un petit peu, on prolonge le temps passé dans ces montagnes. On est vraiment perdant ?

Tout est prêt pour le départ : le sac, l’orga, le staff et les jambes. La veille, on se rend sur la ligne de départ, à Queige, avec mes parents et Robin. On se fait un bon pique-nique et on roupille dans la voiture. Réveil à 2h30 demain.

C’est déjà le lendemain, le samedi 18 juillet 2020. Le jour que j’attends impatiemment depuis un an. L’heure de ma revanche. Et pourtant, en entendant le réveil sonner, je ne pense qu’à une chose : me rendormir.

2h30 du matin. Pourquoi ? Fait tout noir, y’a pas une lumière, le silence plane, rendormons-nous non ? Non, non, non, mon équipe est réveillée et c’est la frontale de mon père qui m’explose en pleine face ! Okkkk j’ai compris, j’me lève !

J’avale deux petits bouts de gâteaux, j’ai pas hyper faim. Aucune inquiétude de ce côté-là, j’ai ce qu’il faut dans le sac tenir un long moment et j’ai ma mule Robi au cas où, ça ira !

Habillage rapide et dernière vérification du matos : tout est là, le short est à l’endroit. Tout est prêt.

Albert nous rejoint sur la ligne de départ à 3h30. « Les spectateurs sont venus en masse cette année, l’ambiance est au rendez-vous, les encouragements pleuvent et les chants résonnent dans la vallée », crie Nelson Montfort ! Tu parles, nous sommes six pauvres petits êtres, dans le noir, éclairés de nos frontales, à lutter contre le sommeil quitté trop tôt. « J’entends Jean-Louis Poupi, à Vesoul, demander à Solange si elle a un rab de brocolis », Professeur Strauss, H.

Nous brisons l’attente. Sans coup de feu, d’un regard accompagné d’un accord verbal, nous nous lançons. C’est parti ! En vaillants combattants et surtout sous les injonctions de Robin, on fait quand même le « Tour pour rien » du plan d’eau, instauré par l’organisation sur la course officielle ! Bel hommage non ? Je vous joints ici le tableau du parcours !

Salut Queige, on revient dans pas longtemps, on va juste faire un petit tour. Aujourd’hui, cet endroit symbolise mon point de départ, le début de l’aventure. Demain, je l’espère, il aura une toute autre signification. Il représentera ma ligne d’arrivée, l’achèvement d’un de mes rêves. Un rêve qui naît ici et qui mourra dans quelques heures pour rejoindre le pays des souvenirs heureux. J’en suis convaincue.

On se réchauffe très vite. Faut dire qu’il ne faisait pas froid, plus de 10°C à 3h du matin ça promet pour la suite. Je n’ai rien à enlever, je suis déjà en t-shirt. J’vais donc bien suer si ça commence comme ça dès 4h du mat !

L’ascension des 1500 premiers mètres de dénivelé est volontairement plus lente que l’année précédente. On va plus doucement, on ira plus loin ! J’me sens bien, comme toute la troupe, c’est nickel !

La nuit laisse doucement place au lever du soleil, presqu’au même endroit que l’année dernière. L’heure qui passe ne m’est pas indiqué par l’aiguille qui tourne sur le cadran de ma montre. C’est le soleil qui me guide et me repère.

Pour le moment, la course ressemble plutôt à un 110km haies comme dirait Robin. On ne compte plus les parcs à vaches que l’on « saute ». Ralentissement, on se positionne de côté, appui sur les bâtons, jambes gauche puis jambe droit, hop un de plus !

Avec Robin, nous nous séparons d’Albert au niveau du Col des Lacs. Nos rythmes sont différents. Nous avions envisagé cette possibilité. Aucun souci pour les deux camps. Nous avons tous de valeureux accompagnateurs à divers points et nous savons qu’évoluer en sur ou sous-régime est difficile à assumer !

On continue donc en tête avec Robin. C’est assez roulant sur dix/quinze kilomètres. Tant mieux parce que j’hésite un peu sur quelques points de l’itinéraire. Quand y’a pas de balisage ça change un peu tout de même ! N’ayant pas un chrono qui tourne dans la tête, je prends le temps de regarder la carte sur mon téléphone pour assurer le coup. Bon j’me trompe quand même mais je ne rallonge pas. Je ne raccourcis pas non plus j’vous vois venir ! Je prends juste un chemin parallèle. Malheureusement, Robi s’en rend compte, ce qui lui donne une raison de plus de se méfier de mon sens de l’orientation.

L’aisance d’une gazelle

L’heure défile vite. Il est 8h. Ça fait déjà plus de quatre heures que nous sommes partis pourtant la ligne de départ est juste derrière moi. On commence à croiser des randonneurs au-dessus du Lac de St Guérin. De la vie ! Il y a donc d’autres personnes que Robi et moi ici. C’est assez étrange comme ressenti d’ailleurs. De devoir partager à partir de maintenant des sentiers qui étaient totalement déserts il y a quelques heures. De basculer dans une montagne agitée et fréquentée après l’avoir connue inerte et silencieuse. Comme si elle ouvrait ses portes à partir d’une certaine heure le matin, laissant pénétrer les randonneurs attendant derrière la porte.

La nuit, la montagne tait ses couleurs, étouffe les signes de vie, rend l’existence plus rude. Mais elle laisse place à un tout autre spectacle. Un autre ballet. Les étoiles assurent le relais du soleil sans distribuer de chaleur. Le vent chatouille les feuillages et les dote d’une dimension plus mystérieuse. Les animaux ne sont réduits plus qu’à deux petits points lumineux baignant dans une immense pénombre. La hiérarchie des sens est bouleversée. L’ouïe prédomine sur la vue. Chaque son, le plus infime soit-il, résonne mille fois plus fort qu’en pleine journée. J’aime l’ambiance nocturne. J’aime cette étrangeté qu’elle ajoute. J’aime la façon dont le relief s’aplanit sous son règne. Et j’aime ce désert qu’elle offre. Désert sans vie humaine. Désert hospitalier. Ici, quand il fait noir, ce n’est pas pour laisser la place à la peur, à l’austérité ou au désespoir. C’est pour faire naître ce qui y est caché la journée et qui rayonne d’une toute autre manière.

Sans voir le temps passer, on rejoint, comme téléportés, le premier ravito, juste au-dessus de la passerelle de St Guérin, au kilomètre 23 environ.  A trop discuter et à trop penser on en oublierait ce pourquoi on se retrouve ici aujourd’hui.

Après les flashs des journalistes venus en masse pour l’occasion, je me dirige vers la voiture du père qui renferme un trésor, la caverne d’Ali Baba, le paradis de la bouffe. Pendant que Robin se fait soigner des petites ampoules, j’me régale de mes créations culinaires spéciales UTB. L’heure qu’il est ? Pas la moindre idée. C’est important ? Même la distance et le dénivelé parcouru j’m’en fiche. J’en ai une idée parce que je connais ce satané tour par cœur mais en soi, ça me passe au-dessus de la tête, très au-dessus. On est là pour profiter !

C’est le milieu de la matinée, je dégomme un peu tout ce qui traîne dans la glacière. Ma mauvaise expérience de l’année dernière ne fera pas son retour je vous le dis ! Coca, cake, quiche, gâteau, j’suis au banquet d’Astérix et Obélix ! On se pose bien 20 minutes avant de repartir. J’ai boosté ma barre d’énergie au max !

A peine 40min après avoir quitté mes parents, on les retrouve 300d+ plus haut, au Cormet d’Arêches pour un second petit ravito ! Et ici c’est pas entre les cailloux qu’il faut zigzaguer mais entre les retraités. Epreuve de délicatesse pour éviter les fémurs. Docteur Maboul sous un autre format et en taille réelle !

Je rebois un bon paquet de Coca, remange deux/trois trucs et c’est reparti ! La plus belle partie de ce trail arrive à grands pas. On pénètre dans le cœur du Beaufortain et sur ses plus beaux sentiers !

Robi sort la caméra, j’fais la star. Aisance totale, déroulage parfait des jambes, souffle maîtrisé. C’est dans la boîte.

On avance à un bon rythme. C’est toujours aussi beau ici. La connaissance du coin et donc de ce qui m’attend n’influe pas sur mon rythme ou sur une éventuelle lassitude prématurée. Être là, avec mon frère, à partager cette aventure me pousse à savourer chaque seconde qui s’écoule. Col du Coin, Lac d’Amour, Col à Tutu. Tout se passe très bien. C’en est indécent !

Au pied de la Pierra Menta, les yeux rivés en face de moi, une pensée traverse mon esprit, ou plutôt un souvenir renait. Le refuge de Presset est le prochain point de passage, symbole du début de mon déclin l’année dernière. J’arrivais encore à manger mais les effets de cette nourriture ingérée me laissaient une désagréables sensations de nausées et de gêne œsophagienne.

Sans prêter plus d’attention à ce souvenir que je défis aujourd’hui en mangeant aisément à l’entrée du Refuge, nous faisons une petite pause. Je mange sans dégoût. Je mange par plaisir. Je mange par nécessité non forcée. Ici, c’est plutôt mon Robi qui attaque sa phase de déclin. Nous sommes presque à 40km et 3000+, peut-être 9 heures de course pour le moment. Il a déjà battu son record de l’année en course à pied le pauvre, même triplé la distance ! Consciente qu’il ne m’accompagnera surement pas jusqu’au bout, je suis incroyablement heureuse qu’il m’ait suivi jusque-là, m’offrant les clés nécessaires pour continuer sereinement dans les meilleures conditions.

Il nous reste un dernier col, le Col du Grand Fond, le point culminant du tour ! Et après ça déroule sur 10km environ jusqu’au Cormet de Roselend où mes parents, tonton Jéjé, Matt, ChanChan et Phiphi nous attendent. Cela signe la « moitié » du parcours, et très certainement la fin de la course de Robi.

Je me régale dans la montée du Grand Fond. Robin un peu moins. Au sommet, heureuse, je constate qu’il y a toujours le névé sur les premiers mètres de descente. LUUUUGGGGEEEEE. Je commence en ski puis me jette sur les fesses pour dévaler la pente ! La régalade ! J’y étais passée il y a deux semaines et m’étais incroyablement éclatée ! Quelle joie de pouvoir le refaire !

Bon pour Robin, c’est moins stylé. Les cannes sont raides, le chasse neige à revoir. La vidéo restera privée, se limitant seulement à la sphère familiale, je suis désolée.

On attaque la descente bien roulante, sur le sentier. Plus de neige à l’horizon et je n’en verrai plus. L’écart se creuse un peu entre Robin et moi, je ralentis le rythme pour l’attendre mais aussi pour ne pas m’emballer et en garder sous la pédale. Et puis y’a pas l’feu au lac, y’a pas de barrière horaire aujourd’hui ! J’ai pas envie de le quitter maintenant le loustic ! Je compte bien profiter de ces dernières minutes que m’offrent le parcours et ses jambes pour les partager avec lui. Je baigne dans un océan de bonheur.

Tiens tiens tiens… En quittant un peu le chemin des yeux, je contemple le paysage et remarque trois sacs de randonnée devant moi, à une cinquantaine de mètre. Y’a un des sacs qui me dit vachement quelque chose. Comme celui d’Aude…la femme de mon second frère, Florian. Mes foulées me rapprochent rapidement et confirment mon hypothèse ! Je les connais ! A ses côtés, ses parents, ChanChan et Phiphi. Plus qu’heureuse de les voir, je les rejoints, secondée par Robin, et nous discutons avec eux. Cette brève parenthèse enchantée amplifie l’état de plénitude dans lequel je plane. Ça remet du bois dans le feu, du coca dans le verre déjà bien plein ! Un morceau de fromage supplémentaire dans une assiette qui en déborde. C’est jamais de trop et on les apprécie au même rang que tous les autres.

Je m’attendais à voir ChanPhi, mais Aude… surprise totale ! Et qui dit Aude dit Florian, on ne les appelle pas Flode pour rien. Qu’est ce que vous avez fait de mon frère, belle famille !? Parlez ! « Oh il arrive, il fait des aller-retours entre le Cormet et le Col » en nous attendant, parce qu’on a été trop longs… Des aller-retours sur une distance de 5km. D’accord. C’est bien mon frère. C’est bien Florian.

Je quitte mon petit trio sympathique. C’est reparti ! Robin me suit toujours, heureux lui aussi de savoir qu’il va pouvoir passer le flambeau (ou le fardeau) à Florian. Deux kilomètres plus loin, on aperçoit un petit poussin de presque deux mètres arriver à contre-sens. Un javelot qui avance à la verticale. Un Florian !

Cette silhouette qui m’apparait, c’est ce verre de genépi à la fin d’un souper. Tu penses que le repas est terminé mais en réalité il ne fait que commencer. On s’apprête à fermer le livre mais une nouvelle page s’ouvre sur une seconde soirée, une seconde partie. L’ivresse des kilomètres me gagne et m’emprisonne dans un monde beaucoup trop jovial.

Hyper heureuse de le voir (les mots sont faibles), je saute de joie tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Toujours dans la surprise de le savoir ici, sans m’être attendue une seule seconde à sa venue ce jour pour participer à cette aventure, c’est avec un bonheur incommensurable que j’apprends qu’il m’accompagne pour la suite. Pour toute la suite. Jusqu’au bout. Sur les 60 derniers kilomètres. La cordée Queyrassienne est de retour ! Ils sont parfaits ces petits frères. Ils sont géniaux. C’est mes miens !

Me sachant entre de bonnes jambes, Robin me quitte donc prématurément, 3km avant le Cormet, accomplissant le plus beau passage de relai. Il nous retrouvera là-bas un peu plus tard, le temps d’admirer le paysage et le Mont Blanc.

On arrive avec Flo au Cormet de Roselend (presque 50 kilomètres et 4000d+), toujours « facilement » pour moi. L’effort ne m’atteint pas encore. Le plus tard possible j’espère bien !

Je retrouve mes parents, Jéjé et Matt. Et ma caverne d’Ali Baba. Souffrant de crampes d’estomac et d’une « pesanteur » sur la vessie, je délaisse le coca et un de mes cakes, les accusant d’être les responsables de mes maux. Et ça s’avèrera efficace. Ils disparaitront 20 bornes plus tard. Je mange en grosse quantité et réalise l’unique changement vestimentaire de cette aventure : une nouvelle paire de chaussettes. Je m’isole de la troupe pour éviter de tuer tout le monde et m’accorde le luxe de poser mes fesses deux secondes contre le coffre le temps d’effectuer le changement.

Je passe du bon temps, recharge les batteries affectives, booste mon moral et chope toutes les belles énergies qui fusent au sein de mon groupe d’anges gardiens. Paisible et sereine, je me régénère.

Mon premier relayeur et le trio nous ont rejoint. Robin a annoncé publiquement son abandon auprès des instances organisatrices. Aucune déception, que de la fierté et une immense reconnaissance pour ce qu’il a fait et enduré pour m’accompagner jusque-là. Si je vais au bout, c’est sans aucun doute grâce à ce magnifique début.

Adios Amigos

On s’envole avec Flo vers mon enfer de l’année dernière. 15km plus loin nous retrouverons notre équipe à la Gittaz. Ces 15km horribles de l’année précédente. Je n’y pense pas.

On jardine un peu pour retrouver la trace après le Cormet, coupant dans l’alpage qui est habituellement habillé de fanions mais qui la, laisse place à des herbes incroyablement hautes, à des marécages fourbes et bien cachés. On perd un peu de temps dans cette brève traversée. Est-ce embêtant de perdre du temps ? Toujours pas non. Je vis une aventure incroyable. Et ça fait partie de l’aventure. On retrouve le chemin, montons jusqu’au Tunnel du Rocher du Vent et nous retrouvons dans les nuages. Froids. Pas hyper agréable surtout que je n’étais pas non plus en ébullition.

On passe le col de la Lauze, celui de la Sauce et ma crête des Gittes. L’allure n’est pas des plus rapide. Toujours un peu embêtée par mon ventre, je peine à augmenter le rythme qui reste tout de même très correct.

Le vent se fait plaisir sur la crête et nous refroidit un peu plus encore. En plein dans le brouillard, je sens en moi une émotion monter. Une émotion qui ne me plaît pas trop. Aucun mal physique, mais un coup de mou mental, du au froid et à l’absence de paysage et cette gêne abdominale qui entrave un peu mes capacités à relancer et à aller plus vite sur cette portion quand même roulante.

Ce passage à vide, cette lassitude m’effraie. Je connais et reconnais les prémisses d’un chamboulement total d’attitude et de pensées. Je ne veux pas franchir ces portes et pénétrer dans un monde négatif et sombre. Ça peut être le début de la fin et il faut à tout prix abréger ce moment. Heureusement, Flo est là pour me tendre la main et m’empêcher d’y entrer. Il a la merveilleuse idée de me proposer une crêpe au chocolat maison cuisinée par Aude. Je ne dis pas non. Cette crêpe m’a sauvée. Délicieuse, riche en chocolat. Il ne fallait pas un carreau de moins ! Non non, 27 c’est très bien. Le bouffe offre un incroyable réconfort à toute âme en peine. Tout comme la présence d’un frère.

Ma crêpe !

On arrive au Col du Bonhomme. J’en ai marre de faire pipi (et pas que) n’importe où dans la montagne donc je m’octroie le luxe d’aller dans les toilettes du refuge. Deux personnes font la queue, ça va j’peux attendre, et ça ne me fera pas de mal une petite pause. Il ne reste que du plat et de la descente pour retrouver mes accompagnateurs à la Gittaz.

Pendant ce temps, Flo rempli les flasques. J’attends. J’attends. J’attends encore. Ohlala, je rêve d’avoir dans mon sac un traitement pour la constipation pour venir en aide à ce pauvre randonneur qui ne daigne à sortir de la cabane depuis une éternité.

Commençant à rebrousser chemin, j’ai l’incroyable surprise de le voir enfin sortir. Je vais pouvoir vider les 3 litres de flotte stagnants dans ma vessie !

Ça caille toujours autant et ça souffle ! Notre inertie ne nous a pas réchauffée, étonnement. On met les coupe-vent et les gants ! Tremble météo ! Nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, on n’est pas venu les mains vides !

La traversée vers le Col de la Croix du Bonhomme se fait lentement mais dans de tellement meilleures conditions que l’année dernière. La vengeance est un plat qui se mange froid. Avec la météo, c’est de circonstance !

Au col, c’est parti pour la descente ! Flo m’aide à relancer. Le plus dur c’est de commencer et il est là pour ça ! Génial !

On croise un groupe de randonneur et un traileur qui discutent. On les salue et on continue, rapidement secondés par le traileur qui échangeait plus haut. Il nous rattrape et me dépasse. Il discute un peu avec Flo. Ils se disent ce qu’ils font respectivement là. Lui fait également un long tour, je ne sais plus quoi mais ça fait 8h qu’il vagabonde. Je t’ai battu j’en suis à presque 15 !

Il va plus vite mais ne nous distancie pas. Véritable moulin à parole, il déballe un discours sans fin sur ces expériences en compétition, ses souvenirs, ses chaussures… Il est très gentil c’est pas le problème, mais voilà, on peut discuter 5 min avec plaisir mais la ça fait 15min qu’on avance ensemble il est temps de nous dire au revoir. Je feins un faux pipi pour qu’il disparaisse à tout jamais. Efficace ! Victoire ! Désespoir…, on l’aperçoit à notre ravito de la Gittaz en train de taper la discute à tout le monde. J’m’en fous, moi je mange et je lui parle pas. Tout ce qu’il dit je l’ai déjà entendu 32 fois.

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Je me régale. L’appétit va toujours et tout passe sans soucis. Mon corps s’est réchauffé. Le soleil a repointé son nez, le vent disparu, nous sommes dans la vallée, à l’abri. Et j’ai mon cœur qui se réchauffe encore plus à revoir tout le monde, à discuter, à rigoler. Ces instants de coupure, de pause dans l’effort sont essentiels dans une telle entreprise.

Et en plus, nous sommes à la Gittaz (65e km – 4800+). Le lieu de mon abandon l’année dernière. Et cette année, je n’abandonne pas. Je continue. Je me sens trop bien. J’arrive la tête haute, le sourire aux lèvres et les jambes en forme, prête à en découdre ! Je passe à côté de mon fantôme et lui fais un clin d’œil. Je prends le relais. Il reste un marathon à courir et un peu moins de 3000+. Finger in the nose !

Il doit être 18h. La lumière du jour commence à tomber, les rayons sont de plus en plus discrets. L’ombre gagne la montagne.

On arrive en terre inconnue. Je ne connais plus à partir d’ici. Un autre challenge se joue ! Ne pas se tromper ! Et c’est sans compter les bâtons dans les roues que Flo essaye de me mettre. Il me parle du Col du Joly, d’autres cols, de bleds à passer ne faisant écho à aucunes des étapes que j’avais planifiées. Euh….c’est pas du tout le bon parcours ça mon Flo. C’est celui d’il y a deux ans…depuis il a bien changé ! Heureusement que je suis encore lucide sinon on partait pour 70 bornes de plus !

Les couleurs sont magiques. On ne croise plus personnes. On rencontre uniquement les tentes des randonneurs qui bivouaquent. C’est plus vraiment une heure à marcher. La montagne a fermé ses portes.

Il doit être 19h passé, on arrive sur le Pas d’Outray. Un énorme troupeau de moutons nous stoppe un bon instant à cause des 3 patous qui nous barrent la route. Heureusement le berger et là. Mais avec ou sans, on commence à les connaître ces braves bêtes et il n’y aurait pas eu de soucis. La clé, c’est la patience. En attendant, un bébé patou nous grimpe sur les jambes. Je fonds. Je resterai bien là avec lui. Une peluche qui bouge.

On a retrouvé un duo de traileurs arrêtés également par le troupeau. On fait quelques mètres ensembles. Ils sont sur la trace de la TDS. On les perd vite, ils s’arrêtent toutes les deux minutes.

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En avant pour la descente sur Hauteluce ! Longue descente mais pas désagréable ! Cependant, je commence à avoir du mal. Du mal à courir. Ça débute par le physique, et à la fin de cette descente c’est le mental qui est contaminé. Enfin non, le mental va mais je suis simplement fatiguée à tous les niveaux. Les pensées noires et négatives étant bien loin de se joindre à moi pour le moment.

On en est au 85e kilomètre, environ 6000d+. Ça fait 17h/18h que j’suis debout. Je pense qu’on peut m’accorder une petite fatigue.

On retrouve donc la troupe à Hauteluce. Je m’assois pour la première fois. Je mange toujours bien et dégomme les viennoiseries que Papa a acheté. Succulent feuilleté à la myrtille d’ailleurs. Finalement, cet ultra va me faire prendre du poids en fait ! Après une bonne dose de bouffe et de réconfort, on signe pour la dernière ascension, en direction des Saisies et du Mont Bisane.

On allume les frontales. Il est 21h passé. Que je suis heureuse de faire cette partie de nuit. Une station de nuit c’est plus beau qu’une station la journée !

Ce qui est nickel également, c’est que sans connaître, l’itinéraire se suit très bien de nuit. Flo assure sur tous les plans : rythme d’ascension, GPS, moteur de conversation, respect des moments de silence. Un frère de sentier ! Même un frère tout court je crois bien.

On cherche un peu le chemin quand on arrive sur les pistes. Habituel ! Pendant que Flo essaye de retrouver le chemin, je m’accorde une pause pipi. Extinction de la frontale pour ce bref moment d’apaisement et soulagement.

Put*** de bordel de m****, j’ai les fesses dans les orties ! Ça me pique de ouf ! Quelle horreur ! Put***, je fais des sauts accroupie histoire de me sortir de se guet-apens et pouvoir uriner en paix. Heureusement qu’on est dans la nuit noire. Allez, c’est parti pour avancer 30min avec les fesses qui piquent. Comme si j’avais pas mal ailleurs ! Ohlala, non mais l’inconfort est presque mortel. C’est une arme de destruction massive ces machins. J’épargne ce détail à mon Flo, trop fière et surtout trop ridicule !

Etes-vous prêt pour le coup d’adrénaline ? Moi non personnellement je ne l’étais pas tellement. Les orties n’étaient qu’un avertissement, un avant-goût de ce que peuvent être les enfers. On sort de la forêt. Il ne nous reste pas grand-chose pour arriver aux Saisies. On traverse un alpage en franchissant un parc à vache, le 150e depuis ce matin, les frontales à fond les lumens. Et par malheur, on surprend des vaches qui sommeillaient. Malgré nous, on les effraie. Surprises de notre arrivée soudaine, elles s’agitent un peu trop et un peu toutes en même temps.

Donc si je vous résume bien, on se retrouve en pleine nuit, devant un troupeau d’une bonne vingtaine de vaches qui nous meuglent dessus, nous regardent d’une façon pas très sympathique et qui s’avancent vers nous d’un pas qui n’invite pas à aller à leur rencontre.

Ni une ni deux, on éteint nos frontales et on tape un sprint dans le sens inverse. Après avoir mis 100m de distance entre elles et nous. On se tait. On fait un concours d’apnée. Scène de l’horreur : on entend les cloches. Beaucoup de cloches. Beaucoup trop de cloches, autour de nous, dans toutes les directions mais sans les voir. Cernés par le mal.

On cherche un chemin bis mais en pleine nuit c’est pas hyper évident. On opte donc pour le courage. On attend un peu qu’elles nous oublient et on remonte vers elles, dans le noir. On progresse bien. Doucement mais surement, le plus silencieusement possible. On est de retour sur les lieux de l’embuscade. Elles sont là. Mais ne nous voient pas. D’un coup, Flo aperçoit la sortie du parc à vache, à même pas 20m. On était si prêt tout à l’heure ! Second sprint ? Allez !! J’en oublie mes jambes lourdes et mes fesses qui piquent !

Le parc passé, la sécurité retrouvée, je prends conscience de la quantité d’énergie que j’ai dépensée. J’ai un énorme coup de mou. On attaque 3 ou 4 kilomètres de plat pour nous rendre aux Saisies. C’est dur ça. Surtout que je m’endors. Je marche les yeux fermés. Je ne sais pas combien de temps je tiens à chaque fois mais c’est de plus en plus dur de les rouvrir. Je me mets des claques et allume la frontale à fond. Plein de lumière pour essayer de rester éveillée. C’est pas trop mal, surtout qu’on retrouve un sentier qui demande tout de même à regarder où on met les pieds.

Les clarines des vaches aux alentours me réveillent également. On ne se trouve pas dans un parc mais on flippe maintenant, même si elle se trouvent sur la montagne voisine.

Flo me fait la discussion et accorde son allure sur mes désirs : on court plus, j’peux plus. Ça se finira surement en marche cette histoire !

On arrive aux Saisies à minuit. Avant dernier ravito. Je ne peux plus rien avaler. Je ne suis plus aussi enthousiaste qu’avant. J’accuse le coup, je commence à frissonner et ces paupières qui tombent me demandent un effort supplémentaire pour les maintenir ouvertes. Flo me conseille quand même de taper dans les PomPot’s. Je l’écoute et ça passe sans problème. Pas besoin de mâcher, de faire un effort pour l’ingurgiter.

Ca va l’faire

Avec l’impression d’être requinquée, on attaque la montée à Bisane. Les derniers 300+. Exposés au vent et à la fraîcheur de la nuit, on remet une couche. On discute dans la montée. Flo plus que moi. Ça se passe vraiment pas trop mal. On arrive sans soucis en haut, en ayant brillamment traversé le parc d’un troupeau de vaches.

Nos accompagnateurs sont encore une fois au rendez-vous, fatigués également et avec de plus en plus de vêtement sur le dos ! On ne s’attarde pas trop et on repart pour le dernier segment : la descente sur Queige. Ce village que j’ai quitté ce matin mais dont le souvenir me semble sacrément lointain. Il s’est passé tellement de chose aujourd’hui. J’ai fait tellement de choses. J’ai vécu chaque seconde de cette journée, rempli chacune de ses minutes mais compté aucune de ses heures.

On vient de passer le centième kilomètre et les 6900d+. Bisous tout le monde, on se revoit en bas sur la ligne d’arrivée.

Flo essaye de lancer une trottinade. J’essaye. Pouahh. Chaque cuisse pèse douze tonnes. C’est impossible. Mes jambes, au contact du sol, sont traversées d’une immense douleur se logeant au plus profond de mes quadriceps. Je ne pourrai que marcher.

C’est long. Je me raccroche à l’idée qu’il ne reste que 5km. En théorie en fait. Sur le parcours officiel. Parcours qui a la possibilité d’emprunter des chemins privés après un accord avec les propriétaires. Ce que nous n’avons pas. Nous ne pouvons donc pas couper. Nous faisons donc 10km au lieu de 5. Jolie surprise !

QUEIGE 7km. QUEIGE 6,5km. QUIEGE 6,2km… Les panneaux, impitoyables, défilent lentement. Leurs annonces agissent sur moi comme des coups de massue. Les sentences qu’ils affichent m’enferment de plus en plus dans un trou noir dont je ne parviens pas à trouver la sortie. Comme condamnée à errer sans jamais arriver, je me résous à ne plus accorder le moindre coup d’œil à mes bourreaux. Ma seule lumière dans cet enfer est la silhouette de Flo, me guidant comme Charon mais pas vers la même destination.

Seule je ne sais pas si j’aurai continué. En tout cas j’aurai tapé une sieste. Oui à 5km de l’arrivée j’aurai pu. A ce stade, mon corps est épuisé, las, tout comme mon esprit. Je suis également prise de reflux gastriques sur toute la descente. Des remontées acides, brûlantes, combinées au gout du sang sont provoquées à chacun de mes impacts avec le sol. Tellement agréable !

Flo l’a compris, pas besoin de le dire. Il sait. Il a l’extrême don de savoir ce qu’il faut faire ou ne pas faire quand je traverse ces phases. Il prend donc de la distance, en aval, et ne me parle pas, enfin que très peu. Le peu que je puisse tolérer et dont j’ai besoin.

C’est ainsi que nous achevons la descente. Dans le silence. Mais dans un magnifique moment de partage malgré cette extrême lutte que je mène.

Il est 3h20. On franchit la ligne d’arrivée invisible. Papa et Maman sont là. Cent mètres avant, j’ai entendu les ronflements de Robin dans la voiture. J’aurai rigolé en temps normal mais je n’ai plus la force de rien, même pas d’être heureuse de ce que je viens d’accomplir. Je suis épuisée. Je me sens mal, j’ai mal aux jambes, je suis poisseuse. Je suis totalement vide. Je m’étends par terre.

Incapable de remercier correctement ma formidable équipe, de leur parler chaleureusement, je préfère continuer à me murer dans mon silence, à me renfermer dans mon enveloppe charnelle, à contenir mes émotions au plus profond de mon être. Pas d’explosion de joie comme on pourrait l’imaginer à la fin d’un si beau voyage. Ces deux dernières heures ayant effacé toutes les autres et réduisant ma journée à cette unique bataille.

D’une parole inaudible, j’annonce que je vais me coucher. Pareil pour tout le monde. On regagne nos lits de camp sans vraiment parler. On est épuisés. Et cette fin a été tellement dure. J’ai pas envie de discuter. J’ai tout donné à la montagne pour boucler la boucle.

Je me jette dans mon coffre, toujours vêtue de mes habits que je n’ai pas changé depuis le début du périple. Transpirante et frigorifiée, je m’endors avant que ma trace soit synchronisée sur Strava. Je me revois juste annoncer ma réussite par message pour m’effondrer ensuite dans un profond sommeil. Complétement usée, ce dernier effort m’a achevé.

Ligne d’arrivée

4 heures plus tard, à 8 heure du matin, je me réveille. Grand soleil. Le noir dans lequel nous étions il y a peu de temps a disparu, tout comme celui qui encombrait mon esprit. Allongée et fraîche comme un gardon, je me souviens et esquisse un sourire. Heureuse de pouvoir retrouver mes parents sans devoir parcourir 20km, Robin ronflant toujours, je sors de la voiture. Tiens, j’ai mal aux jambes.

Courbaturée, j’avance de quelques pas pour m’approcher de la lumière et capter la chaleur des premiers rayons. Respirant l’air matinal, j’y découvre une nouvelle odeur. Pas seulement celle de ma sueur fixée sur mes vêtements et des mes pieds non, l’odeur de la victoire et de la réussite. Le gâteau de la veille n’a plus le même gout. Une saveur différente. Une fonction différente. Je ne le mange plus pour m’apporter de l’énergie. Je le mange parce que j’ai faim et pour combler les pertes laissées en chemin.

Je reviens d’un voyage intemporel, d’une merveilleuse aventure, épaulée par l’ensemble de ma famille, qu’ils aient été au bord du sentier ou à des kilomètres de mon chemin. Ils étaient dans ma tête, dans mes pensées. Outre l’exploit personnel qu’il représente, cet ultra ne peut être résumé à mon unique réussite, à mon seul effort.

Ce magnifique tableau ne doit son achèvement qu’à tous ces petits pinceaux venus apporter leur magnifique couleur à la toile. Le diner de la veille de tonton Jéjé, le suivi merveilleux de Papa et Maman sur l’ensemble du parcours, l’apparition fabuleuse d’Aude, Chantal, Philipe, Jérome et Matthieu sur le chemin et les messages d’encouragement et de soutien reçus par message. Sans oublier les icônes du tableau, mes deux frères. Mes deux incroyables accompagnateurs. Guidée par leurs ombres, divertie de leurs paroles, je suis chanceuse de ces merveilleux liens que nous partageons.

Consciente et touchée de leur investissement, c’est éternellement que je leur en serai reconnaissante. Mon Robi qui m’a accompagné aussi longtemps, de bonne humeur constamment alors qu’il n’était pas vraiment préparé à ça et usé sur la fin. Florian, qui termine l’aventure avec moi, de 13h à 3h20 alors qu’il entame ses deux semaines de vacances en montagne et qu’il a trois heures de route ensuite. Eux, qui tout le long, n’ont jamais râlé ou été impatients. Eux, qui ne m’ont jamais abandonné. Toujours souriants, positifs et motivants !

Oui, ce gâteau ce matin à une saveur particulière. Un goût d’amour.

Pour cet ultra, j’avais en tête que Robin ne m’accompagnerai pas tout le long et que j’allais terminer seule. Je partais avec cette idée. Pensant être prête à affronter seule la fin du parcours, la nuit, la fatigue, la nouveauté des sentiers. Je me trompais. La présence de Flo était centrale et fondamentale. Sans lui, je n’aurai jamais vu la ligne d’arrivée, c’est certain.

Enchaîner autant de bornes d’un coup est un effort trop intense sur tous les plans pour que je puisse l’accomplir totalement seule à l’heure actuelle. La chaleur apportée par mes suiveurs aux ravitos n’aurait pas été suffisante bien qu’extraordinaire et tellement réconfortante. Ils n’auraient pas été là-haut avec moi.

Ce qu’on pense être capable de faire est bien différent sur le terrain, peut-être par fierté. « Je suis assez forte tout de même, je sais ce que c’est que le trail en montagne, je sais me débrouiller ». Je sais me débrouiller oui, sur 50km en autonomie. Pas sur 110km où il faut affronter la nuit et l’usure.

Cette victoire, en plus d’en être une sur moi-même, une revanche sur l’année dernière, un pas de plus dans l’univers que j’idolâtre au plus haut point, est une merveilleuse preuve de ces liens familiaux qui, malgré nos distances et nos divergences d’avis sur le Sérac, restent aussi magiques que mes mollets après 6000d+.

Grâce à vous tous, j’ai terminé mon premier ultra, 110km et 6900+ en 23h50. (Trace Strava).

Il y a 4 ans je faisais le tour du Lac des Closiers à Montargis, long de 3km. Aujourd’hui, je termine le l’Ultra Tour du Beaufortain, long de 110km. Si y’a bien une morale à cette histoire, et bien trouvez là, j’ai assez parlé !

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